

De ses doigts habiles armés d’une petite faucille, Mina Lalmuhammad s’emploie à pincer les centaines de fils de chaîne qui s’offrent à elle. La jeune femme de 25 ans réalise des nœuds avec sa pelote de laine vert foncé, selon la méthode du nouage par pixel. Elle bat ensuite le poil avec un outil en forme de peigne afin de les resserrer. Assise directement sur son ruhzamini kargah, un métier à tisser horizontal, posé à même le sol poussiéreux, Mina recouvre de ses pieds nus la partie achevée de son ouvrage, un tapis représentant le drapeau pakistanais. Une feuille plastifiée traîne: dessus se trouve le modèle qu’elle doit reproduire. À côté de la tisserande se tient une installation similaire, dont les motifs attirent immédiatement le regard: une kalachnikov, qui occupe toute la longueur du tapis, mais aussi des grenades explosives, des chars, un hélicoptère et ce qui semble être des munitions. “Ça doit faire un an que je fais des tapis de guerre, s’épanche Mina, sans enthousiasme particulier. Je reçois des commandes, le patron, la laine, et je m’y attelle. Avec ma sœur, nous consacrons environ une semaine à leur production, et nous gagnons 450 afghanis par tapis, soit sept dollars.”














