Une histoire de la violence | Society
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Une histoire de la violence

Le 29 aoĂ»t dernier, Ă  Portland, Aaron Danielson, membre d'un groupe d'extrĂȘme droite, Ă©tait tuĂ© par Michael Reinoehl, responsable de la sĂ©curitĂ© des manifestations Black Lives Matter, Ă  son tour abattu par la police cinq jours plus tard. D'un cĂŽtĂ©, un entrepreneur, de l'autre un ancien snowboardeur professionnel. L'histoire fatale de deux hommes, dans un pays qui s'enfonce lentement mais sĂ»rement dans la violence politique.
  • Par RaphaĂ«l Malkin, Ă  Portland - Photos: Mason Trinca (REA)
  • 25 min.
  • Portrait
Une personne tient un drapeau américain lors d'une manifestation nocturne, avec des feux et de la fumée en arriÚre-plan.
 REA / Mason Trinca (The New York Times)

Le long d’Alder Street, un SDF rĂ©colte par grosses poignĂ©es les petits galets blancs qui dĂ©corent la base des chĂȘnes, sans se rendre compte qu’à quelques pas de lui, Ă  l’ombre d’un des arbres, il y a sur le bitume le dessin d’une silhouette humaine. Ici, on a ramassĂ© un cadavre. “J’étais de l’autre cĂŽtĂ© de la rue quand j’ai entendu deux tirs coup sur coup. Des bruits terribles, dont l’écho a semblĂ© rebondir sur les murs des immeubles, raconte Justin Dunlap, qui, ce soir du 29 aoĂ»t dernier, retransmet une manifestation en direct sur ses rĂ©seaux sociaux. Sous un nuage de lacrymogĂšne, j’ai vu un type faire quatre pas avant de s’effondrer. J’étais complĂštement sous le choc: je venais de filmer un meurtre.” La victime se prĂ©nomme Aaron Danielson. Il s’agit, informe la presse, d’un militant d’extrĂȘme droite, et sa mort constitue le premier acte d’une triste chevauchĂ©e. Acte deux: l’assassin rĂ©pond au nom de Michael Reinoehl et est prĂ©sentĂ© comme un militant d’extrĂȘme gauche. Acte trois: alors qu’il est en cavale, celui-ci confesse son crime dans un entretien diffusĂ© en prime time Ă  la tĂ©lĂ©vision. Acte quatre: Michael Reinoehl est abattu par les forces de l’ordre. Fin. “C’est la triste rĂ©alitĂ© de la ville dans laquelle on vit, fulmine aujourd’hui Justin Dunlap. DĂšs le dĂ©part, la boĂźte de Pandore Ă©tait ouverte. Tout ça Ă©tait inĂ©vitable.”

God Bless America

Society #143

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