

“Si vous voulez me tuer, tuez-moi, mais je vous le dis d’emblée, vous n’allez pas me faire taire.” Le 21 juillet 2022, dans une vidéo de 37 minutes diffusée en direct sur Facebook, le journaliste colombien Rafael Moreno dénonce avec vigueur le détournement d’argent public sur lequel il enquête dans la province de Córdoba, au nord du pays. Références à l’appui, il cite des contrats qu’il estime artificiellement gonflés, mentionne des travaux jamais finalisés, nomme des entreprises locales. Rafael Moreno a 37 ans, il est journaliste d’investigation pour Voces de Córdoba (“Les voix de Córdoba”) et il ne plaisante pas. “Ils volent la municipalité […] Quelqu’un se doit de mettre le doigt dans la plaie (de la corruption, ndlr) dans cette région”, scande-t-il, casquette sur la tête et polo blanc siglé du nom de son média. Puis, face caméra, il montre une balle de revolver. C’est la dernière menace qu’il a reçue, déposée deux semaines plus tôt dans le coffre de sa moto, accompagnée d’une note anonyme que le journaliste lit à haute voix aux internautes. “Tu sais maintenant que nous connaissons chacun de tes mouvements, où tu vas, à quelle heure tu te lèves, à quelle heure tu te couches. Nous savons où tu bois des coups à Montelíbano, ou plutôt nous savons tout de toi, nous n’allons pas te pardonner ce que tu fais. Alors sais-tu, mon ami, que le reste du chargeur de ce 9mm est prêt pour toi?”
Rafael Moreno se sait en danger. Moins de trois mois après la diffusion de cette vidéo, il contacte Forbidden Stories pour partager les informations de l’affaire sur laquelle il travaille. Quelques jours plus tard, le 16 octobre 2022, peu après 19h, il boucle la caisse du Rafo Parilla, le fast-food qu’il tient en parallèle de son travail de journaliste, quand un homme pénètre dans le restaurant, la tête recouverte d’une casquette. Celui-ci dégaine un revolver et lui tire dessus à trois reprises. Rafael Moreno meurt sur le coup.
































