Contre l’horreur | Society
Portrait

Contre l'horreur

Pour la premiÚre fois, du 16 au 20 mars derniers, la justice française s'est prononcée sur le génocide des Yézidis, commis dÚs 2014. Un procÚs rendu possible grùce à l'activisme et au courage d'un homme, Bahzad Farhan, qui a sauvé une cinquantaine de femmes de l'enfer de Daech et accumulé des milliers de captures d'écran et de noms de victimes, comme autant de preuves contre les bourreaux de son peuple.
  • Par Pia Carron / Photos: Iorgis Matyassy
  • 13 min.
  • Portrait
Illustration pour Contre l’horreur
 Photos: Iorgis Matyassy

Au palais de justice de Paris, oĂč chaque jour ne ressemble pourtant jamais au prĂ©cĂ©dent, ce matin du lundi 16 mars est particuliĂšrement agitĂ©. Dans la salle des pas perdus, de jeunes avocats pressĂ©s cherchent la piĂšce dans laquelle ils doivent prĂȘter serment. Un couloir plus tard, des journalistes campent, concentrĂ©s sur la fixation de leurs camĂ©ras sur des trĂ©pieds, devant celle oĂč doit entrer Nicolas Sarkozy pour son procĂšs en appel dans l’affaire du financement libyen. Aucun d’entre eux ne prĂȘte attention Ă  cette jeune femme aux cheveux noirs qui vient de les dĂ©passer. Elle doit avoir une vingtaine d’annĂ©es et porte une Ă©charpe souvenir de Paris grise, floquĂ©e de tours Eiffel et d’arcs de triomphe. Pas vraiment une touriste, cependant. La jeune femme est d’origine yĂ©zidie, une minoritĂ© ethnique et religieuse kurdophone localisĂ©e notamment dans le nord de l’Irak et propulsĂ©e sur le devant de la scĂšne mĂ©diatique au lendemain du 3 aoĂ»t 2014, jour oĂč l’État islamique a pĂ©nĂ©trĂ© dans les villages aux alentours de la ville irakienne de Sinjar, prĂšs de la frontiĂšre syrienne, et perpĂ©trĂ© ce que les Nations unies ont plus tard qualifiĂ© de gĂ©nocide. En quelques jours, des milliers de personnes sont massacrĂ©es, des femmes sont enlevĂ©es avec leurs enfants (plus de 6 500 individus) pour ĂȘtre rĂ©duites Ă  l’état d’esclaves sexuelles et domestiques, comme leurs filles, alors que les garçons sont convertis et enrĂŽlĂ©s de force dans les rangs de Daech. Douze ans plus tard, la justice française se penche enfin sur ces crimes contre les YĂ©zidis Ă  travers le procĂšs de Sabri Essid, un djihadiste français prĂ©sumĂ© mort en Syrie en 2018. C’est la premiĂšre fois qu’elle juge un Français pour “gĂ©nocide” -Maurice Papon ayant, lui, Ă©tĂ© condamnĂ© en 1998 pour “complicitĂ© de crimes contre l’humanitĂ©â€. Deux femmes qui ont reconnu en Sabri Essid leur bourreau doivent tĂ©moigner Ă  la barre de leur calvaire. La jeune femme Ă  l’écharpe grise -qui tient Ă  garder l’anonymat- est la fille de l’une d’elles. Dans la salle d’audience, elle s’assoit Ă  cĂŽtĂ© de sa mĂšre, sur le banc des parties civiles.

Society #277

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