

Au palais de justice de Paris, oĂč chaque jour ne ressemble pourtant jamais au prĂ©cĂ©dent, ce matin du lundi 16 mars est particuliĂšrement agitĂ©. Dans la salle des pas perdus, de jeunes avocats pressĂ©s cherchent la piĂšce dans laquelle ils doivent prĂȘter serment. Un couloir plus tard, des journalistes campent, concentrĂ©s sur la fixation de leurs camĂ©ras sur des trĂ©pieds, devant celle oĂč doit entrer Nicolas Sarkozy pour son procĂšs en appel dans lâaffaire du financement libyen. Aucun dâentre eux ne prĂȘte attention Ă cette jeune femme aux cheveux noirs qui vient de les dĂ©passer. Elle doit avoir une vingtaine dâannĂ©es et porte une Ă©charpe souvenir de Paris grise, floquĂ©e de tours Eiffel et dâarcs de triomphe. Pas vraiment une touriste, cependant. La jeune femme est dâorigine yĂ©zidie, une minoritĂ© ethnique et religieuse kurdophone localisĂ©e notamment dans le nord de lâIrak et propulsĂ©e sur le devant de la scĂšne mĂ©diatique au lendemain du 3 aoĂ»t 2014, jour oĂč lâĂtat islamique a pĂ©nĂ©trĂ© dans les villages aux alentours de la ville irakienne de Sinjar, prĂšs de la frontiĂšre syrienne, et perpĂ©trĂ© ce que les Nations unies ont plus tard qualifiĂ© de gĂ©nocide. En quelques jours, des milliers de personnes sont massacrĂ©es, des femmes sont enlevĂ©es avec leurs enfants (plus de 6 500 individus) pour ĂȘtre rĂ©duites Ă lâĂ©tat dâesclaves sexuelles et domestiques, comme leurs filles, alors que les garçons sont convertis et enrĂŽlĂ©s de force dans les rangs de Daech. Douze ans plus tard, la justice française se penche enfin sur ces crimes contre les YĂ©zidis Ă travers le procĂšs de Sabri Essid, un djihadiste français prĂ©sumĂ© mort en Syrie en 2018. Câest la premiĂšre fois quâelle juge un Français pour âgĂ©nocideâ -Maurice Papon ayant, lui, Ă©tĂ© condamnĂ© en 1998 pour âcomplicitĂ© de crimes contre lâhumanitĂ©â. Deux femmes qui ont reconnu en Sabri Essid leur bourreau doivent tĂ©moigner Ă la barre de leur calvaire. La jeune femme Ă lâĂ©charpe grise -qui tient Ă garder lâanonymat- est la fille de lâune dâelles. Dans la salle dâaudience, elle sâassoit Ă cĂŽtĂ© de sa mĂšre, sur le banc des parties civiles.
















