

Le rodéo du World Trader dure depuis trois jours en mer d’Iroise, et Laure Tallonneau bouillonne. “Le commandant veut repartir à midi. Il y a deux marins ukrainiens à bord qui m’ont appelée au secours. Ils me disent qu’ils ne sont pas payés, qu’ils n’en peuvent plus et qu’ils exigent d’être débarqués, mais l’armateur n’en a rien à faire. Si on les laisse reprendre la route, c’est la catastrophe assurée”, débite l’inspectrice de la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF), l’énorme organisation mondiale dévouée à l’amélioration des conditions de travail dans le secteur. Le vieux remorqueur de 31 mètres, désarmé il y a trois ans, a quitté Calais le 2 décembre dernier pour Casablanca, retrace-t-elle, à la peine pour identifier ses obscurs propriétaires. “Ils sont partis de Rotterdam et ils se sont déjà échoués à Boulogne-sur-Mer. Les autorités du port de Calais les ont laissés partir malgré les avaries pour ne pas se retrouver avec un bateau poubelle coincé à quai. C’est une honte. Le certificat d’enregistrement de leur pavillon du Bélize était expiré depuis une semaine. Leur radar ne fonctionne pas, leur pilote automatique non plus. Ce bateau est complètement pourri!” Pris en charge une première fois le 3 décembre au large des côtes bretonnes après une panne de propulsion, le World Trader est retombé en rade un peu plus au sud deux jours plus tard: black-out général à bord. “Ils ont été remorqués jusqu’à un mouillage dans la baie de Douarnenez, mais leur chaîne d’ancre a cassé dans la nuit. Avec la dérive, ils ne sont pas passés loin de finir sur la côte. Pourtant, jusqu’au bout, le capitaine n’a pas voulu pas donner l’alerte. Aujourd’hui, il veut continuer vers le Maroc. Ils sont en danger de mort, il faut les forcer à accoster le port de Brest coûte que coûte!”
















