

Perdue en plein milieu du désert de Mojave, une petite ville de Californie du Sud assiste quotidiennement à un phénomène cosmique. Chaque après-midi, la Lune se lance en effet dans un étonnant face-à-face avec le Soleil. Pour la serveuse blonde d’un diner décrépit installé le long de la route 62, c’est une histoire de montagnes, de géologie, d’alignement des planètes, quelque chose comme ça. “Le problème avec ces montagnes, c’est qu’elles bloquent aussi les ondes radio qui viennent de Los Angeles. Du coup, non seulement il n’y a rien à faire, mais même la radio est nulle ici. Pas étonnant que tous les jeunes s’en aillent”, explique-t-elle d’un ton revêche en désignant du regard la clôture géante de roches et de poussière dont elle est prisonnière. À Joshua Tree, 7 000 habitants, on tourne vite en rond et toute tentative de fête est rapidement tuée dans l’œuf par la riche communauté de retraités venus se faire construire résidences et terrains de golf du côté de Palm Springs. Mais les gens d’ici aiment parler de leur terre et de sa dualité magique. “Il y a quelque chose de très métaphysique dans le désert”, explique le journaliste Bruce Fessier depuis son bureau du Desert Sun, le quotidien local. À l’évocation des étendues arides qui l’ont vu grandir, le quinquagénaire grisonnant s’anime d’un enthousiasme rêveur: “Ici, comme nous sommes totalement isolés, nous devenons une sorte de pôle complémentaire du reste des États-Unis. Comme le yin avec le yang ou le Soleil avec la Lune. Aussi fou que ça puisse paraître, je me rappelle que quand les tours du World Trade Center se sont effondrées à New York, j’ai eu l’impression de les voir dévaler la montagne.”












