
Sacrée dinguerie que le temps qui passe. Qui ne fait même que ça, d’ailleurs: passer. Inévitablement. Nous laissant parfois croire, par sympathie ou au contraire par sadisme, qu’il ne le fait pas toujours sur le même tempo. Ainsi on peut organiser un tournoi de foot ou vivre une histoire d’amour en quinze minutes de récré, mais ne pas avoir pu commencer à jouer quand nos parents viennent nous chercher à la fin d’un dîner entre amis de plusieurs heures. Des années plus tard, on rêve qu’il s’accélère et nous fasse enfin accéder à cette liberté de l’âge adulte que l’on nous vante tant, qui nous permettra de rentrer quand on veut et d’être écouté(e), enfin. Tout ça pour qu’une fois le graal atteint, la machine à laver et sa dernière minute d’essorage qui semble ne jamais vouloir prendre fin viennent chambouler toutes nos certitudes. La suite s’écoule à vive allure, nous intimant de profiter, avant de freiner d’un seul coup. C’est cette période-là, la dernière, celle où le présent et les souvenirs finissent par se mélanger et où l’on a enfin le temps de regarder le temps passer, comme une vache observerait au loin filer les trains, que Delphine Panique a choisi de montrer dans Vieille, sa BD sortie en novembre dernier aux éditions Misma.



















