
L’explosion a été tellement puissante que le véhicule a terminé à plusieurs dizaines de mètres de la route, dans un champ. Le 16 octobre 2017, la journaliste maltaise Daphne Caruana Galizia est assassinée alors qu’elle vient de quitter son domicile, situé dans le hameau de Bidnija, à 20 minutes de route de La Valette, la capitale. Une bombe, placée sous le siège passager de sa voiture, a été déclenchée à distance. Le volume d’explosif déposé ne laisse aucun doute: il s’agissait de faire taire à jamais la journaliste la plus respectée et la plus suivie de l’île, qui ne cessait depuis des années de dénoncer les affaires de corruption touchant le sommet de l’État sur son blog, Running Commentary. Le soir même, des dizaines de Maltais se réunissent pour célébrer sa mémoire alors que tous les regards se tournent vers l’entourage du Premier ministre travailliste, Joseph Muscat. L’onde de choc dépasse les côtes de la petite île de Méditerranée ; une journaliste d’un pays de l’Union européenne a été froidement éliminée en raison de ses enquêtes. Pour ses proches, notamment ses trois fils, Paul, Andrew et Matthew, commence alors un long et douloureux combat. Contre les responsables de la mort de leur mère, bien sûr, mais aussi contre les fake news et les anonymes qui, sur les réseaux sociaux, ne sont pas loin de penser que la journaliste a mérité ce qui lui est arrivé. “Avec mes deux frères, nous avons des personnalités différentes, mais nous étions unis dans la réflexion sur ce que nous avions à faire. Après le meurtre, nous sommes devenus un être unicellulaire”, décrit Andrew, depuis un café de Genève. Après le drame, leur première décision, sur les conseils de plusieurs organisations de défense des journalistes, a été de partir, car ceux qui ont osé assassiner la journaliste la plus influente du pays sont capables de ne pas s’arrêter là. “Nous ne savions pas s’ils avaient terminé leur boulot ou si nous étions les prochains sur la liste, poursuit le cadet de la fratrie. Donc nous avons quitté Malte dans un premier temps, en attendant que les choses se tassent.”


































