

Si vous avez plus de 25 ans, le phonk, pour vous, ressemble Ă une migraine. Si vous en avez moins, câest sans doute la bande-son de votre flux TikTok. Le phonk: tel est le nom que porte la musique accompagnant des vidĂ©os de muscu-motivation et de dĂ©rapages de bagnoles qui sâest imposĂ©e ces derniers mois comme lâhymne officiel du doomscrolling, cette pratique consistant Ă faire dĂ©filer vos rĂ©seaux de maniĂšre compulsive jusquâĂ ce que mort sâensuive. DerriĂšre son air mystĂ©rieux se cache en rĂ©alitĂ© une histoire qui tient du recyclage bien exĂ©cutĂ©. Rythmiques contemporaines de trap saturĂ©es, voix distordues et grain volontairement crasseux: autant dâĂ©lĂ©ments que lâon trouve dans ce style et qui prolongent lâhĂ©ritage du rap de Memphis des annĂ©es 1990, scĂšne fauchĂ©e mais inventive que des groupes comme Three 6 Mafia ont façonnĂ©e loin des salons propres de lâindustrie. Lorsque le phonk apparaĂźt au dĂ©but des annĂ©es 2010 sous lâimpulsion de SpaceGhostPurrp et de son titre Pheel tha Phonk 1990, le son est sale, spectral et les racines hip-hop bien prĂ©sentes. Puis le style dĂ©rive jusquâen Russie, oĂč il accouche Ă la fin de la dĂ©cennie du drift phonk, un sous-genre sous nitroglycĂ©rine taillĂ© pour les vidĂ©os de courses automobiles montĂ©es Ă la hache et les extraits dâanime survoltĂ©s. Les basses y cognent comme des portiĂšres de BMW lancĂ©es trop vite, les voix se tordent, sâaccĂ©lĂšrent ou sâenfoncent dans les graves, le tout sur fond de house dopĂ©e Ă lâapocalypse. Câest Ă cette forme que les rĂ©seaux vont succomber.













