

C’était presque imperceptible, pourtant tout le monde a entendu le silence changer de ton. Sans un bruit, l’audience a retenu son souffle, avant de pousser un soupir teinté de colère qui rebondit à présent sur le mobilier moquetté de la petite salle d’audience du tribunal de grande instance de Créteil. “À sa meilleure amie, il a dit qu’il avait vu la peur dans le regard d’Anne”, raconte avec la gorge serrée Renaud, le grand frère de cette jeune femme de 29 ans décédée au Bataclan le soir du 13 novembre 2015 avec son mari, Pierre-Yves. “Il” n’est qu’à trois mètres, entouré de vitres en plastique. Vêtu d’un jean et d’une chemise à carreaux, il regarde et écoute sans vraiment regarder ni écouter. Jean-Luc Batisse, visage rond d’ado joueur de rugby, ne connaissait pas Anne ni son mari. Jean-Luc n’a rien vu dans son regard, car il n’était pas au Bataclan. D’ailleurs, il n’a jamais mis les pieds dans la salle de concert et ne vivait même pas, le soir des attentats, dans la capitale. Partie civile, Renaud finit son intervention à la barre en déclarant: “Un coup de tête ne dure pas trois ans.” Trois ans, c’est le temps qu’il a fallu pour s’apercevoir que Jean-Luc Batisse n’était pas une victime, et que de décembre 2015 à janvier 2019, il avait menti à tous ceux qu’il avait croisés sur son chemin: à ses proches, à de vraies victimes, aux institutions, aux associations. Ramassant au passage plus de 77 000 euros. Le “coup de tête” sur lequel repose la défense du jeune homme est censé avoir eu lieu au lendemain des attentats. Le soir du 13 novembre, il est dans sa chambre, à Nancy, quand il reçoit l’alerte déclenchée par Facebook. Sur le réseau social, il voit rapidement le message d’un certain Chris. Cet “ami virtuel”, qu’il ne connaît pas mais qui pratique le même sport que lui, tente d’avoir des nouvelles d’Anne et de Pierre-Yves. “J’ai voulu l’aider, car il habite à La Réunion et avec le décalage horaire, il avait du mal à avoir des informations. Je lui ai donné le numéro vert pour qu’il appelle, explique-t-il en bafouillant, avant d’ajouter précipitamment: Je suis comme ça, moi, j’aime aider les gens.”












