“Satan Wants You” | Society
L'indispensable de Society+

“Satan Wants You”

Puisque Halloween approche, Society+ vous propose un documentaire inédit avec tous les mots-clés de saison: satanisme, sacrifices de bébés, cannibalisme et bêtise humaine.
Illustration pour “Satan Wants You”
 
  • Society
  • 3 min.
  • Critique

SATAN WANTS YOU de Steve J. Adams (2023), à voir sur Society+

Si vous suivez les productions de ce magazine avec assiduité, vous savez déjà que les États-Unis n’ont pas attendu l’invention d’Internet ni celle des réseaux sociaux pour sombrer dans des hallucinations collectives de type “Pizzagate”. Il y a cinq ans presque jour pour jour, nous vous contions en effet dans ces pages l’histoire de “la grande panique satanique”, ce moment de l’histoire américaine où, tout au long des années 1980, le pays tout entier a semblé persuadé que des groupes occultes enlevaient des enfants pour les violer/tuer/manger et buvaient le sang d’animaux divers et variés, dans le but de vénérer leur maître: Belzébuth. Les chiffres avancés étaient extravagants (un million de satanistes vivraient dans le pays, deux millions d’enfants seraient enlevés chaque année), les témoignages de victimes se multipliaient et les policiers de tout le territoire étaient formés pour reconnaître les signes d’“abus rituel satanique”.

Le documentaire Satan Wants You, lui, vous en contera la genèse, l’histoire par laquelle tout a commencé. C’était en 1976, dans la petite ville canadienne de Victoria, en Colombie-Britannique. En dépression après une fausse couche, Michelle Smith se rend chez son psychiatre, Lawrence Pazder, et lui raconte ses cauchemars faits de bébés morts et d’araignées qui lui sortent des doigts. Après d’innombrables séances, Pazder fait remonter à la surface des souvenirs soit-disant réels mais enterrés jusque-là par sa patiente: à l’âge de 5 ans, sa mère l’aurait livrée à un groupe de satanistes qui l’aurait séquestrée pendant quatorze mois et lui aurait fait subir de multiples sévices corporels, la faisant également participer à plusieurs sacrifices de bébés et d’animaux. Soutenu par le curé de Pazder, le duo va jusqu’à être reçu au Vatican pour lancer l’alerte, et sort un livre en 1980: Michelle Remembers (“Michelle se souvient”).

Peu importe que sa mère soit décédée, que ses sœurs n’aient aucun souvenir de sa disparition, que Michelle n’ait aucune séquelle des châtiments reçus et que le yearbook de son école montre qu’elle était bien présente sur les photos de classe à l’époque des faits. Peu importe aussi que les méthodes du psychiatre, qui consistent parfois à faire du “peau à peau” avec sa patiente, soient peu orthodoxes et que les deux quittent leurs partenaires respectifs pour former un couple à la ville. Sans le Web, mais avec la force de frappe des innombrables et très puissants talk-shows de l’époque, Michelle et Larry deviennent des stars dans toute l’Amérique du Nord et lancent le mouvement de la grande panique satanique, donc, appuyés par un escadron de thérapeutes prêts à faire remonter n’importe quel prétendu souvenir refoulé chez leurs patients pour obtenir leur quart d’heure warholien. Reste une question à la fin du visionnage: est-ce rassurant ou désespérant de constater que les gens étaient déjà aussi cons dans les années 1980?

L'indispensable de Society+

Society #267

À lire aussi

Abonnez-vous à Society+ dès 4.90€

Des centaines de docus à streamer.
7 jours gratuits !