Pierre Vimont n’est pas le genre d’homme à buter sur le vocabulaire. Comme d’autres diplomates chevronnés, l’ancien ambassadeur de France à Washington et ancien directeur de cabinet de Dominique de Villepin, entre autres, au ministère des Affaires étrangères, manie avec une affabilité dont il semble ne jamais se départir une langue qui ne tolère aucune imprécision et dont la clarté n’empêche jamais la pondération. Pourtant, le voilà, à l’autre bout du fil, qui hésite au moment d’évoquer le Venezuela: “Comme on l’a vu à propos du… du… Je ne sais pas comment il faut appeler ça…” Il réfléchit. “Appelons ça ‘la capture de Maduro’ ou ‘le coup de force à Caracas’. ”
On devine un léger sourire derrière le combiné, comme si le diplomate, connu pour avoir inspiré le personnage du fidèle et imperturbable Claude Maupas dans Quai d’Orsay, s’égayait du spectacle un brin folklorique offert cinq jours plus tôt par l’opération Maduro. Ce qui ne l’empêche évidemment pas d’en mesurer la gravité ni les conséquences: un “cap a évidemment été franchi” dans la nuit du 2 au 3 janvier derniers, et dans les ambassades comme dans les administrations européennes, il règne encore une forme de “stupeur”, voire de “sidération” – deux termes qu’il n’est pas le seul à employer au sein d’un corps diplomatique pourtant peu habitué à s’aventurer sur le registre de l’émotion. Mais bon, un “chef d’État chopé dans son lit!” s’étrangle un autre diplomate français, et un président américain qui parle d’ “acheter” le Groenland, tout ça est tellement hors protocole qu’il y a de quoi en perdre ses repères.
















