

Des filles normales, Éditions Sarbacane
Que l’on y plonge pour la première ou la millième fois, c’est toujours la même triste et terrifiante histoire: les tourments de l’adolescence, ses vertiges et ses chutes libres, ses humiliations et ses vengeances, ses pactes d’amitié gravés dans le sang qui peuvent sauver mais plus souvent gâcher des vies, son intensité, sa violence, ses regrets éternels, l’étrange nostalgie qu’elle finit toujours, bizarrement, par créer. On l’a vue au cinéma, on l’a lue dans des romans, on l’a écoutée dans des chansons, parfois les pires, parfois les meilleures. On peut désormais la contempler dans toute sa crudité dans les bandes dessinées de Manon Debaye, 32 ans et deux albums au compteur: La Falaise, publié en 2021, et Des filles normales, sorti à la fin de l’été dernier et à qui l’automne va très bien. Deux livres que l’on pourrait aisément présenter comme un diptyque. Le premier se passait au collège et tournait autour du suicide, qui, comme chacun sait déjà à cet âge, est le seul problème philosophique sérieux. Le second reprend les choses au lycée et ajoute, à la colère et à la question du “grandir ou mourir”, l’emprise, le sexe, l’abus, la culpabilité. Dans les deux, les mêmes décors symboliques: la maison au bord de la forêt, la falaise qui tombe à pic, le lac perdu, la cour de récréation comme une arène de combat, la chambre comme un refuge.











