

âLa clĂ© pour comprendre ma façon de fonctionner est la fanfaronnade. Je joue avec les fantasmes des gens. [âŠ] Un peu dâhyperbole ne fait jamais de mal.â La formule, signĂ©e Donald Trump, pourrait sonner comme celle dâun prĂ©sident tombant enfin le masque aprĂšs les premiĂšres semaines dâun deuxiĂšme mandat rocambolesque. Mais non: elle date dâil y a prĂšs de 40 ans et a Ă©tĂ© publiĂ©e dans le premier livre de celui qui nâĂ©tait alors quâun simple promoteur immobilier Ă succĂšs, The Art of the Deal. Une couverture flashy noir et dorĂ©, sur laquelle apparaĂźt dĂ©jĂ Trump tel quâon le connaĂźt aujourdâhui -cravate rouge, petit sourire narquois, mĂšche blonde sur le cĂŽtĂ©â, et 256 pages de rĂ©cit Ă mi-chemin entre lâautobiographie et le guide pratique, dans lesquelles le futur prĂ©sident dĂ©taille, donc, son amour pour la nĂ©gociation. âJe ne le fais pas pour lâargent, entame-t-il. Jâen ai suffisamment, plus que je nâen aurai jamais besoin. Je le fais pour le faire. Câest pour moi une forme dâart. Dâautres peignent de magnifiques toiles ou Ă©crivent de merveilleux poĂšmes. Moi, jâaime faire de bons deals, de prĂ©fĂ©rence des gros deals. Câest comme ça que je prends mon pied.â
Immense succĂšs commercial, vendu Ă plus de trois millions dâexemplaires, The Art of the Deal a largement contribuĂ© Ă façonner la lĂ©gende de Donald Trump, bien avant la tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ© The Apprentice. Ce nâest pas pour rien que lorsque Trump annonce sa candidature Ă la prĂ©sidentielle, en juin 2015, au pied de lâescalator dorĂ© de la Trump Tower Ă New York, il le fait en invoquant lâouvrage: âNous avons besoin dâun leader qui a Ă©crit The Art of the Deal !â Soit, selon lui: dâun businessman, de quelquâun qui ne se laisse jamais faire, qui nĂ©gocie et obtient toujours le meilleur pour lui comme pour son pays, en usant de la seule mĂ©thode quâil connaisse, Ă savoir le rapport de force. Câest peu dire quâil a fait la dĂ©monstration de cette vision du monde ces derniers temps. AprĂšs le coup dâĂ©clat au sujet de lâachat du Groenland, son secrĂ©taire dâĂtat, Marco Rubio, expliquait dâailleurs quâil ne sâagissait âpas dâune blagueâ : le prĂ©sident est âun homme dâaffaires impliquĂ© dans la politique, et non un politicien impliquĂ© dans la politique. Donc il aborde ces questions dâun point de vue transactionnel commercialâ. âDonald Trump dit clairement que la transaction est tout ce qui compte. Il ne fait pas semblant dâaccorder de lâimportance aux valeurs ou aux alliancesâ, confirme le rĂ©dacteur en chef du magazine Foreign Policy, Ravi Agrawal, qui considĂšre que pour Trump, les relations internationales sont âun jeu Ă somme nulleâ, tout nâest que deal et chaque deal a son gagnant et son perdant. Lâoccasion de replonger dans son livre emblĂ©matique, dont lâhistoire rĂ©vĂšle plus quâaucune autre ce quâil se passe dans le cerveau malade de lâhomme le plus puissant du monde. En cinq chapitres.
















