

Quoi de mieux qu’une unité de lieu pour raconter des destins croisés? Et quel meilleur lieu qu’un hôpital pour y mettre une dose de tragicomédie (ce ne sont pas les innombrables œuvres de fiction audiovisuelles hospitalières qui diront le contraire) et d’analyse de l’état d’une société (ce n’est pas la France qui dira le contraire). La réalisatrice Ye Ye l’a bien compris, en décidant de poser ses caméras au H6, l’hôpital du peuple n°6 de Shanghai aux deux millions de patients par an. Derrière le gigantisme -des scènes de travail à la chaîne pour préparer le matériel et les repas, des rangées de lits à perte de vue-, les destins individuels parviennent donc à s’écrire. Dans la comédie: lorsque le père d’une adolescente blessée dans un accident de la route tente de distraire celle-ci en chantant à tue-tête dans les couloirs. Dans la tragédie: lorsque le même père refuse d’annoncer à sa fille que sa mère est morte dans ce même accident. Et dans l’analyse de la société: on entend moins parler de santé que d’argent. Les patients doivent payer les aides-soignantes en cash ; une femme doit choisir entre payer une opération de la dernière chance à son mari qui endetterait toute la famille et compromettrait l’avenir de ses enfants et le laisser mourir. La tragédie l’emporte.


































