Vol MH370  pour nulle part | Society
MystĂšre

Vol MH370 pour nulle part

685 jours, et toujours rien. Presque deux ans aprĂšs sa disparition, le vol MH370 de la Malaysia Airlines, qui devait relier Kuala Lumpur et PĂ©kin dans la nuit du 7 au 8 mars 2014, n’a toujours pas Ă©tĂ© retrouvĂ©. Laissant les familles des victimes et les enquĂȘteurs du monde entier face Ă  des questions sans rĂ©ponse: pourquoi l’avion a-t-il donc changĂ© de plan de vol sans prĂ©venir? Pourquoi les autoritĂ©s n’ont-elles pas rĂ©agi quand elles s’en sont rendu compte? Pourquoi n’a-t-on retrouvĂ© quasiment aucun dĂ©bris? Quel Ă©tait ce mystĂ©rieux chargement que l’avion convoyait en plus de ses passagers? Que nous cache-t-on?
  • Par Emmanuelle Andreani et Pierre Boisson
  • 66 min.
  • EnquĂȘte
Illustration pour Vol  MH370  pour nulle part
 

Il regarde souvent derriĂšre lui, l’air inquiet. Parle en marquant de longues pauses, comme s’il se concentrait pour ne pas en dire trop. Pour notre entretien, il a choisi un endroit dĂ©sert et silencieux, une sorte d’immense bar lounge du centre de Kuala Lumpur, oĂč les serveuses s’ennuient en regardant les passants par la fenĂȘtre. Avant de commencer, il s’assure que son identitĂ© ne sera pas dĂ©voilĂ©e: ce qu’il a Ă  montrer, notre interlocuteur l’a subtilisĂ© aux services de police malaisiens. Il s’agit d’une vidĂ©o dont aucun extrait n’a jamais Ă©tĂ© diffusĂ© dans les mĂ©dias. TrĂšs peu de gens l’ont vue, et une poignĂ©e seulement en dĂ©tient une copie. Lui en camoufle une depuis des mois sur son ordinateur. Les images qu’elle contient montrent les derniers instants connus des 239 passagers et membres d’équipage du vol MH370 de la Malaysia Airlines, disparu dans la nuit du 7 au 8 mars 2014 alors qu’il Ă©tait censĂ© rallier la capitale malaisienne et PĂ©kin. La vidĂ©o a Ă©tĂ© tournĂ©e Ă  l’aĂ©roport de Kuala Lumpur, par une camĂ©ra de surveillance accrochĂ©e au plafond, juste avant l’embarquement. “Mettons-nous dos au mur”, dit l’homme, avant d’ouvrir un dossier au nom de sa femme et d’appuyer sur lecture. À l’écran dĂ©marre alors une scĂšne muette et en basse dĂ©finition. Apparaissent d’abord trois portiques de sĂ©curitĂ© et autant de machines destinĂ©es Ă  scanner les bagages, flanquĂ©es de personnel en uniforme. Puis, une succession d’images, terriblement banales.

Ce sont les images de ceux qui s’apprĂȘtent Ă  disparaĂźtre: des enfants qui traĂźnent leur sac minuscule derriĂšre eux  ; des hommes et des femmes qui enlĂšvent, puis remettent, leur ceinture, leurs chaussures  ; des couples qui se prennent la main  ; des hommes d’affaires fatiguĂ©s en costume  ; des jeunes qui marchent le nez collĂ© Ă  leur smartphone. Ils sont tous lĂ , dĂ©filant les uns aprĂšs les autres, dans une sorte de procession funeste: le commandant de bord Zaharie Ahmad Shah, son copilote Fariq Abdul Hamid, les dix autres membres d’équipage, les 20 employĂ©s chinois et malaisiens de l’entreprise Freescale, les tĂȘtes blondes de la famille française Wattrelos et une immense majoritĂ© de passagers chinois, qui s’apprĂȘtent Ă  rentrer chez eux. Tous les acteurs du plus grand mystĂšre de l’aviation. Parmi eux, l’épouse de notre interlocuteur, qui referme le clapet de son ordinateur, l’air Ă©prouvĂ©. Combien de visionnages s’est-il infligĂ©s depuis qu’il possĂšde la vidĂ©o? “Des dizaines, soupire-t-il. Et Ă  chaque fois que je vois ma femme, je ne peux pas m’empĂȘcher de pleurer.” Pendant les 40 interminables minutes que dure le film, deux moments interpellent. Le premier, vers le milieu de la bande, lorsqu’un individu en costume vert et cravate noire, badge du personnel aĂ©roportuaire autour du cou, franchit le contrĂŽle sans passer sous les portiques de sĂ©curitĂ©, un sac plastique transparent Ă  la main, avec, Ă  l’intĂ©rieur, ce qui ressemble Ă  un rouleau de papier. Le second, juste avant la fin: un autre individu, en t-shirt noir celui-lĂ , ressort de la salle d’embarquement sans attirer l’attention du personnel. Qui sont ces deux personnages? “On ne sait pas, rĂ©pond l’homme Ă  la vidĂ©o, en fourrant son ordinateur dans son sac. Mais je me dis que les enquĂȘteurs ont dĂ» Ă©plucher cette vidĂ©o, la voir et la revoir des dizaines de fois. Non?”

Society #23

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