Bande Ă  part | Society
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Bande Ă  part

Quinze ans d'existence, 6 300 enquĂȘtes, des dizaines de scoops retentissants, presque autant de polĂ©miques: c'est peu dire que depuis sa crĂ©ation en 2008, Mediapart a marquĂ© -et accompagnĂ©- la sociĂ©tĂ© française.AdulĂ©s par les uns, dĂ©testĂ©s par les autres, fantasmĂ©s par tous, les membres de son cĂ©lĂšbre pĂŽle enquĂȘtes ouvrent les portes de leur cuisine.
  • Par Lucas Duvernet-Coppola - Photos: Renaud Bouchez
  • 26 min.
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Un groupe de neuf personnes posant dans un bureau moderne avec des chaises rouges et noires, entourées d'étagÚres et d'équipements de bureau.
 Photos: Renaud Bouchez pour Society

Combien de Nicorette a-t-il dĂ©jĂ  mĂąchĂ©es? Six? Sept? Assez, en tout cas, pour se rappeler le sentiment qui l’habitait au printemps 2010: la peur. À ce moment-lĂ , Mediapart a deux ans d’existence, et François Bonnet en est le directeur Ă©ditorial depuis le dĂ©but. Sous son impulsion, le site a publiĂ© de solides enquĂȘtes, mais celles dont le contenu n’a pas Ă©tĂ© pillĂ© par d’autres mĂ©dias ont fait le mĂȘme bruit qu’un caillou dans l’eau: plouf. Le journal en ligne a 20 000 abonnĂ©s de moins que prĂ©vu dans le business plan, perd 200 000 euros par mois. Les caisses sont si vides qu’il ne reste que de quoi payer les Ă©quipes jusqu’au mois de septembre suivant et un jeune journaliste, MichaĂ«l Hajdenberg, propose mĂȘme de prendre un congĂ© sans solde tout en restant Ă  son poste pour repousser cette fin qui semble inexorable. “On Ă©tait vraiment aux abois”, assure François Bonnet aujourd’hui. Et puis, en juin, Mediapart publie ses rĂ©vĂ©lations sur l’affaire Bettencourt, et tout change. L’enquĂȘte mĂȘle un scandale politico-financier impliquant l’UMP et son trĂ©sorier, Éric Woerth, de graves pratiques d’évasion fiscale, un conflit d’intĂ©rĂȘt. Elle innove aussi dans la forme: le site donne Ă  entendre des bandes sur lesquelles le majordome de la milliardaire a enregistrĂ© sa patronne Ă  son insu. Pour la premiĂšre fois, une affaire d’importance nationale s’appuie sur un enregistrement clandestin. “C’est la rencontre d’une affaire, d’un journal et d’une Ă©poque”, rĂ©sume aujourd’hui Fabrice Arfi, cosignataire de l’enquĂȘte avec Fabrice Lhomme. Dans les quatre mois qui suivent, le journal engrange autant d’abonnĂ©s que sur ses deux premiĂšres annĂ©es et atteint son point d’équilibre. Il ne l’a plus quittĂ© depuis.

Society #210

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