En eaux calmes | Society
Reportage

En eaux calmes

Avant la guerre, Jovti Vody (“eaux jaunes”) Ă©tait une petite ville ukrainienne de 45 000 habitants tournĂ©e vers les mines d'uranium de la rĂ©gion et en dĂ©clin depuis la chute de l'URSS. Depuis l'invasion russe, c'est une ville qui essaye de se rĂ©inventer Ă  l'Ă©cart de son si longtemps indispensable voisin russe, et l'un des coins du pays qui a vu affluer le plus de rĂ©fugiĂ©s. Pour le meilleur?
  • Par Fabrice Deprez, Ă  Jovti Vody - Photos: Antoni Lallican
  • 13 min.
  • Reportage
Une zone industrielle avec des structures métalliques de pylÎnes électriques et une tour d'extraction miniÚre. Il y a des arbres et un chemin bordé d'une clÎture décorative en béton.
 Photos: Antoni Lallican

Pavlo Yeshtokine, un entrepreneur de 33 ans bourrĂ© d’assurance, avait gardĂ© d’une brĂšve visite sur place le souvenir d’une “horrible petite ville soviĂ©tique” en forme de gros rectangle, avec un imposant parc central et un Palais de la culture au faste dĂ©mesurĂ©. Dmitri, timide ado tout juste sorti de l’horreur du siĂšge de Marioupol, n’en avait, lui, jamais entendu parler. Katia Krivenko non plus: Ă©chappĂ©e avec ses deux enfants d’un village situĂ© sur la ligne de front dans la rĂ©gion de Louhansk quelques heures avant son occupation par les forces russes, cette quadragĂ©naire n’avait appris l’existence de Jovti Vody que par le biais d’une connaissance, fleuriste dans la ville. Au tĂ©lĂ©phone, les deux seules questions qu’elle lui avait posĂ©es Ă©taient: y a-t-il une gare Ă  Jovti Vody? Et est-ce une grande ville? Une frappe russe sur la gare de Kramatorsk, dans le Donbass, venait alors de tuer plus de 50 hommes, femmes et enfants sur le point de fuir la rĂ©gion.

Society #222

À lire aussi

L'intégrale du dossier Epstein

Commandez les deux numéros de Society sur notre boutique