Le village aux ossements | Society
Reportage

Le village aux ossements

Des centaines d'os dĂ©couverts empilĂ©s les uns sur les autres dans le sous-sol d'une petite Ă©glise. N'importe oĂč dans le monde, une telle nouvelle attirerait historiens et camĂ©ras de tĂ©lĂ©vision. À Arbo, un village chrĂ©tien du sud-est de la Turquie, c'est l'inverse qui se produit: les habitants font tout pour que l'on regarde ailleurs. Pourquoi?
  • Par Thomas Guichard, Ă  Arbo (Turquie) / Photos: Su Cassiano
  • 14 min.
  • Reportage
Une maison blanche moderne se dresse à cÎté de ruines en pierre dans un paysage rural verdoyant, avec des collines en arriÚre-plan. Un chemin pavé et une clÎture en grillage entourent la propriété.
 Photos: Su Cassiano pour Society

On dit parfois qu’une Ă©glise ressemble Ă  ses fidĂšles. Dans le village d’Arbo, la bĂątisse en pierre, rebĂątie il y a peu, est vide, fermĂ©e Ă  double tour et battue par les vents. Tout autour, les herbes vertes sont balayĂ©es par un tourbillon qui rend sourd. Elles se dĂ©composeront avant l’étĂ©, brĂ»lĂ©es par le soleil du sud-est de la Turquie, et le souffle retombera. Le village, auquel on accĂšde par des checkpoints de l’armĂ©e turque qui quadrillent la zone, retrouvera alors son silence. Car les habitants d’Arbo, comme leur Ă©glise, apprĂ©cient la discrĂ©tion. MĂȘme si, depuis que l’on a dĂ©couvert des os sous leur lieu de culte, la quiĂ©tude est chaque jour plus compliquĂ©e Ă  prĂ©server. L’agitation a commencĂ© dĂ©but avril quand Dilges Ruvanas, un journaliste de l’agence de presse locale, Mezopotamya, s’est faufilĂ© Ă  l’intĂ©rieur de l’édifice. Il avait entendu des rumeurs Ă  propos de curieux ossements enfouis ici. Sur place, au bout d’un tunnel, le reporter dĂ©couvre alors une sorte de caveau. LĂ , “des centaines et des centaines d’os partout”, se souvient-il. Dilges Ruvanas prend trois photos Ă  la sauvette avant de ressortir. DĂ©tail macabre, mais qui a son importance: sur les clichĂ©s, on peut voir que les squelettes n’ont pas Ă©tĂ© disposĂ©s mĂ©ticuleusement, comme des corps que l’on aurait chĂ©ris, pleurĂ©s, puis enterrĂ©s ; non, ceux-lĂ  sont “empilĂ©s les uns sur les autres”, montre le journaliste. Autre dĂ©tail, tout aussi surprenant: les habitants du village Ă©taient dĂ©jĂ  au courant de l’existence de ce tas d’ossements, mais n’avaient, jusqu’ici, pas estimĂ© nĂ©cessaire d’en faire la publicitĂ©. Mi-avril, un rĂ©sident, retraitĂ©, assure ainsi sur sa terrasse que ces ossements ont dans un premier temps Ă©tĂ© trouvĂ©s “sur le sol, Ă©parpillĂ©s”, et que c’est lui qui a dĂ©cidĂ© “de les jeter dans ce trou”. Pourquoi? Il se ressert un thĂ©, sans rĂ©pondre. Silencieusement, il fait comprendre que cette trouvaille est peut-ĂȘtre la pire chose qui ait pu arriver au village.

Society #256

Une rue résidentielle avec des maisons alignées de chaque cÎté, une voiture garée à gauche et un passage piéton visible au fond.
 Photos : Guillaume Cortade pour Society

L'affaire qui a lancé la carriÚre de Marine Le Pen

Dans les annĂ©es 2000, GĂ©rard Dalongeville, maire de gauche de HĂ©nin-Beaumont, est empĂȘtrĂ© dans une affaire qui aboutira Ă  sa condamnation pour dĂ©tournement de fonds publics, offrira les clĂ©s de la ville Ă  l'extrĂȘme droite, et lancera la carriĂšre politique de Marine Le Pen. Retour sur une histoire de coffre-fort qui a changĂ© la face de la politique française.

À lire aussi

L'intégrale du dossier Epstein

Commandez les deux numéros de Society sur notre boutique