Quand la mer était en feu | Society
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Quand la mer était en feu

C'Ă©tait au dĂ©but des annĂ©es 1970. Au large du cap Corse, un produit toxique se met Ă  dĂ©truire la mer, les poissons, les mains des marins: on le surnomme les “boues rouges”. Le commencement d'une lutte rĂ©unissant pĂȘcheurs, scientifiques et nationalistes, et qui peut ĂȘtre aujourd'hui vue comme l'acte de naissance du droit environnemental international. Cinquante ans plus tard, les combattants se souviennent.
  • Par Thomas Andrei
  • 14 min.
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Un paysage cÎtier avec des herbes au premier plan, des arbres, des bùtiments en arriÚre-plan prÚs de l'eau, et une mer calme sous un ciel légÚrement nuageux.
 Photos : RaphaĂ«l Poletti pour Society

La mer est calme. Le 13 septembre 1973, l’étĂ© s’achĂšve paisiblement dans la baie de Follonica, en Toscane. Vers 23h, trois hommes Ă  bord d’une vedette volĂ©e voguent discrĂštement en direction d’un pĂ©trolier de 30 mĂštres de long, le Scarlino Secondo, propriĂ©tĂ© de la compagnie Montedison. Celui-ci devait ĂȘtre Ă  quai, mais il mouille au large. Cela tombe mal: les trois hommes avaient prĂ©vu de le faire exploser en posant leurs bombes sur le ponton. “Tout Ă©tait Ă©tanche sauf la mise Ă  feu”, dĂ©voile, cinq dĂ©cennies plus tard, Jean-Pierre Susini, l’artificier de l’opĂ©ration, aujourd’hui berger de 75 ans. À l’avant du Scarlino, l’équipage clandestin distingue une silhouette. La vedette remet les gaz, laissant le commando pagayer vers l’objectif Ă  bord d’un zodiac. La mise Ă  feu est fixĂ©e Ă  la chaĂźne de l’ancre. “On a remontĂ© le rĂ©veil, dit Susini. Puis on est partis.” Entre la baie toscane, planquĂ©e derriĂšre l’üle d’Elbe, et le cap Corse, d’oĂč les trois hommes sont originaires, la mer TyrrhĂ©nienne s’étend sur environ 54 milles marins, soit prĂšs de 100 kilomĂštres. Le chemin du retour est long. Assez pour gamberger et se demander si la mission a Ă©tĂ© bien accomplie. Mais Jean-Pierre Susini, lui, est serein. “On avait fait des essais sous l’eau, et ça avait Ă©tĂ© concluant, raconte-t-il aujourd’hui, attablĂ© au PMU de Santa Severa, un petit port dans l’est du cap Corse, indiquant d’un coup de menton la plage de l’autre cĂŽtĂ© de la route. Ça a pĂ©tĂ© une heure aprĂšs. On Ă©tait dĂ©jĂ  loin. Puis je suis rentrĂ© chez moi. Il fallait bien traire les brebis.”

Society #246

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