P. Diddy: American Horror Story | Society
ProcĂšs P. Diddy

P. Diddy: American Horror Story

AprĂšs Harvey Weinstein, R. Kelly et Jeffrey Epstein, voici maintenant l'histoire terrifiante de Puff Daddy – accusĂ© d'agressions sexuelles et de trafic d'ĂȘtres humains –, du milieu dans lequel il Ă©volue, de la sociĂ©tĂ© du divertissement en gĂ©nĂ©ral. Voici l'histoire de sa chute.
  • Par David Alexander Cassan et ThĂ©o Denmat
  • 49 min.
  • EnquĂȘte
L'image montre un collage avec un homme portant des lunettes de soleil et des bijoux, des billets de banque, des trophées, des agents de police HSI, et un véhicule avec des lumiÚres allumées. L'arriÚre-plan est composé de nuages et de couleurs vives.
 

À ceux qui se demandent ce que P. Diddy avait pris ce soir-lĂ  avant de monter sur scĂšne, il semblerait que ce soit un bain. C’était quelques minutes plus tĂŽt, dans sa loge, plongĂ©e dans une lumiĂšre fuchsia. P. Diddy, alors 53 ans, voue depuis toujours un culte aux Ă©clairages. Pas de raison d’y dĂ©roger alors qu’il s’apprĂȘte Ă  recevoir, ce 26 juin 2022, au Microsoft Theater de Los Angeles et en prime time sur MTV, la rĂ©compense d’une vie: le Life Achievement Award, offert chaque annĂ©e par la Black Entertainment Television Ă  un artiste afro-amĂ©ricain pour “l’ensemble d’une carriĂšre et son apport important Ă  l’industrie musicale”. PrĂ©cĂ©dents laurĂ©ats: Whitney Houston, Lionel Richie, Prince, James Brown, entre autres. La salle est bondĂ©e de ce que l’AmĂ©rique noire compte de gens de pouvoir. La star a ameutĂ© en coulisses sa mĂšre, ses six enfants, des proches de tous horizons, ainsi qu’un jeune rĂ©alisateur, payĂ© pour filmer les dessous du sacre. Sur les images, on voit P. Diddy interpeller son propre reflet dans le miroir, une bouteille de tequila Ă  la main: “Yo, play-boy, ce shot est pour toi. Tu m’entends, le roi?” On l’entend aussi affirmer: “C’est le moment choisi par Dieu pour me rĂ©compenser.” Sur le mur, un Ă©criteau “King of fucking everything”, et des feuilles collĂ©es: “Je m’aime” ; “Je suis sans peur” ; “Je suis heureux!!!!!” Ce que le camĂ©raman enregistre ce soir-lĂ  sans le savoir, ce sont les derniers instants de calme avant la tempĂȘte, car Puff Daddy s’apprĂȘte Ă  Ă©crire les premiĂšres lignes de la plainte qui va faire basculer sa vie.

Diddy a toujours excellĂ© dans l’art du discours, et sa prise de parole doit ĂȘtre le clou de la soirĂ©e. Il pĂ©nĂštre sur scĂšne habillĂ© de noir, un collier en argent autour du cou, une montre Ă  chaque poignet. Pendant neuf minutes, l’artiste parle des rĂȘves dĂ©chus de l’AmĂ©rique noire, d’espoir, de libertĂ© et de combat. Il cite Martin Luther King, et lorsqu’il hurle en Ă©cartant ses bras, les yeux fermĂ©s, le rappeur se transforme en pasteur Ă©vangĂ©lique. Dieu, Ă©videmment, ouvre le discours. Ensuite, dans l’ordre: sa mĂšre, son mentor, Andre Harrell (mort), son ex-femme (morte), ses enfants, deux amis (morts), son universitĂ© (qu’il n’a pas finie). Et puis, la faute Ă  l’euphorie, ou Ă  l’alcool, Diddy s’écarte du texte, improvise. “Je dois remercier tout particuliĂšrement ceux qui ont Ă©tĂ© Ă  mes cĂŽtĂ©s, dit-il. Et
 Yeah, Cassie, qui m’a soutenu dans les moments sombres.” Il lĂšve alors les mains, son index et son pouce se tendent en “L” et, les pupilles plantĂ©es dans la camĂ©ra, Puff Daddy s’adresse Ă  elle: “Love”, dit-il.

I.
CASSIE CONTRE DIDDY

C’est cette scĂšne, donc, que Casandra Ventura, dite “Cassie”, racontera dans le dĂ©tail dĂšs la premiĂšre des 35 pages de la plainte dĂ©posĂ©e auprĂšs du tribunal fĂ©dĂ©ral de premiĂšre instance des États-Unis pour le district sud de New York, le 16 novembre 2023. Devant sa tĂ©lĂ© le soir de la cĂ©rĂ©monie des BET Awards, elle s’est sentie humiliĂ©e en mondovision. Le document prĂ©cise: “La vĂ©ritĂ©, pourtant, est que Cassie – Mme Casandra Ventura – a Ă©tĂ© tirĂ©e vers le bas par M. Combs, et a endurĂ© plus d’une dĂ©cennie de son comportement violent et de ses exigences dĂ©rangĂ©es. Pour Mme Ventura, les ‘moments sombres’ ont Ă©tĂ© ceux qu’elle a passĂ©s piĂ©gĂ©e par M. Combs dans un cycle d’abus, de violence et de trafic sexuel.”

Society #246

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