

Comme avant chaque rentrĂ©e, Sandra* Ă©tait encore en vacances quand sa boĂźte mail professionnelle a commencĂ© Ă chauffer. Des messages de parents insistants, aux avant-postes derriĂšre les grilles pour le premier jour dâĂ©cole. âLeurs enfants savent compter jusquâĂ dix ou rĂ©citer lâalphabet, alors ils sont persuadĂ©s quâils sont HPI (pour âhaut potentiel intellectuelâ, ndlr), sauf que câest juste du par cĆur, ça ne veut pas dire quâils ont comprisâ, sâamuse cette directrice dâĂ©cole maternelle de la banlieue lyonnaise.
Les hauts potentiels, âles vraisâ, Sandra sait les reconnaĂźtre. Ses trois enfants le sont. Elle-mĂȘme et son mari aussi, probablement, mĂȘme sâils nâont jamais Ă©tĂ© diagnostiquĂ©s. âOn est nĂ©s dans les annĂ©es 1970, ça ne se faisait pas Ă lâĂ©poqueâ, dit-elle. Ses deux grands, eux, sont passĂ©s par les Ă©tapes dĂ©sormais courantes: 450 euros pour des tests de QI âau Centre Psyrene, le spĂ©cialiste lyonnaisâ qui ont confirmĂ© le diagnostic (un QI supĂ©rieur Ă 130), aucun suivi proposĂ© derriĂšre et des heures passĂ©es sur Internet ou Ă feuilleter les Pages jaunes pour trouver de lâaide. âAu niveau scolaire, tout allait bien pour ma fille, mais elle Ă©tait hypersensible et avait beaucoup dâangoisses. Elle est dĂ©sormais en sport-Ă©tude et consulte un psychiatre chaque semaine. Pour mon fils, câĂ©tait plus compliquĂ©, il avait des attitudes inappropriĂ©es en classe. On lâa fait tester assez tard, Ă 14 ans. On pensait que mettre des mots sur ses difficultĂ©s pouvait lâaider, sauf que pas du tout. Ăa lui a juste mis une Ă©tiquette, et il a perçu ça comme âje ne suis pas comme les autresââ, confie Sandra, qui Ă son propos raconte une vie Ă se sentir dĂ©phasĂ©e, instable professionnellement, avec un rapport Ă lâautoritĂ© dĂ©licat. âTous ces parents ne se rendent pas compte quâĂȘtre HPI, ce nâest vraiment pas un cadeau, souligne-t-elle. Dans notre Ă©cole, il y en a un seul et sa famille nâavait jamais rien demandĂ©. Câest moi qui suis allĂ©e vers eux, du fait de mon expĂ©rience personnelle. Avec les autres parents, on temporise, on leur dit quâon en reparlera dans deux ou trois mois. La plupart du temps, leurs gamins sont juste trĂšsscolaires, il nây a rien de bizarre. Ils ne connaissent pas le nom de tous les nuages et ne parlent pas avec les fourmis dans la cour, contrairement aux miens.â La grande majoritĂ© des collĂšgues de Sandra lâont aussi constatĂ©: une âmode HPIâ sâest emparĂ©e des parents dâĂ©lĂšves. Le sujet monte depuis dĂ©jĂ quelques annĂ©es et la mĂȘme blague circule en salle des profs lorsquâil est mis sur la table: âLes vrais ou les faux?â









