Jabaliya, année zéro | Society
Reportage

Jabaliya, année zéro

Situé dans le nord de la bande de Gaza, Jabaliya, le plus grand camp de réfugiés palestiniens, créé en 1948, a été réduit en cendres et vidé de ses habitants par l'armée israélienne. Lors du dernier assaut, mené en octobre 2024, plusieurs journalistes ont tenté de documenter l'enfer de l'occupation et cet énième exil forcé. Beaucoup sont morts ou blessés. Qu'auraient-ils vu, filmé, raconté? Pour le savoir, Forbidden Stories a interrogé les habitants.
  • Par Cécile Andrzejewski et Samer Shalabi - Publié dans le cadre du Gaza Project, mars 2025 
  • 13 min.
  • Reportage
Illustration pour Jabaliya, année zéro
 Reuters

Une petite fille blonde tient son biberon à la main, recouverte de poussière. Elle a cette démarche désordonnée des jeunes enfants, d’autant qu’elle avance pieds nus sur une route redevenue sableuse à force d’être labourée par les chars. Autour d’elle, surveillés par un tank lancé à pleine vitesse, les adultes ploient sous le poids des sacs qu’ils portent sur le dos ou traînent à bout de bras, dans le bourdonnement incessant d’un hélicoptère ou d’un drone israélien. Ces hommes et ces femmes fuient le camp de Jabaliya, situé dans le nord de la bande de Gaza. Créé après la Nakba (l’exil forcé de 700 000 Palestiniens en 1948 lors de la création de l’État d’Israël), Jabaliya est le plus grand camp de réfugiés palestiniens existant -il comptait près de 120 000 réfugiés inscrits auprès de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA). Ce 6 octobre 2024, l’armée israélienne vient de débuter sa troisième opération dans le camp en un an. Au total, elle fera plus de 400 morts parmi les Palestiniens. Plusieurs journalistes sont pris pour cible. Parmi eux, Fadi al-Wahidi (voir encadré à la fin de l’article), cameraman d’Al Jazeera qui recevra, trois jours plus tard, un tir dans le cou malgré son gilet bleu siglé “Press”. Il est désormais paralysé. “Je filmais mon collègue Anas al-Sharif, qui faisait un reportage sur le déplacement des civils, a-t-il raconté en janvier dernier à Forbidden Stories, depuis son lit d’hôpital à Gaza. On nous avait signalé des bombardements soudains et indiscriminés sur les maisons, ce qui a poussé les gens à partir sans prendre leurs affaires.” Fadi et Anas avaient donc décidé de suivre les civils, et, quelques mois plus tard, Forbidden Stories a choisi de poursuivre ce travail interrompu brutalement, en contactant ces déplacés, ayant fui à ce moment-là, celles et ceux que Fadi al-Wahidi aurait pu croiser sur sa route, caméra à l’épaule et micro à la main, s’il n’avait pas été touché.

Forbidden Stories

Society Hors Série #24

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