Un espion nommé Poutine | Society
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Un espion nommé Poutine

Entre 1985 et 1990, Vladimir Poutine, alors trentenaire, vivait a Dresde, dans l'ancienne RDA. En tant qu'agent du KGB, il se heurta a l'OTAN, vit le mur de Berlin s'effondrer, une foule pacifique faire tomber un régime autoritaire et y noua, aussi, des amitiés avec des personnages devenus depuis des oligarques parmi les plus puissants de Russie. En somme: de quoi éclairer une bonne part de sa vision du monde et de ses actions futures. Récit.
  • Par Lucas Duvernet-Coppola et Julien MĂ©chaussie, Ă  Dresde
  • 24 min.
  • RĂ©cit
Illustration pour Un espion nommé Poutine
 D'aprĂšs Stasi-Unterlagen-Archiv

LE JOUR, le logo de Robotron donne l’impression de flotter sur la ville. La nuit, juste Ă  cĂŽtĂ©, la reproduction d’une des technologies que l’entreprise fabrique -une grande bande perforĂ©e- reste Ă©clairĂ©e. Le halo de lumiĂšre qui s’en dĂ©gage semble alors se projeter Ă  l’infini. L’ensemble, immanquable Ă  des kilomĂštres Ă  la ronde, trĂŽne sur le toit du siĂšge du Kombinat, au cƓur de Dresde. C’est le milieu des annĂ©es 1980. Robotron, spĂ©cialisĂ©e dans l’électronique et les composants informatiques, est la rĂ©fĂ©rence dans son domaine. Elle emploie prĂšs de 70 000 personnes. La plupart sont des ouvriers hautement qualifiĂ©s ou des ingĂ©nieurs, capables de produire ordinateurs, imprimantes ou bandes magnĂ©tiques. Cela donne Ă  Dresde l’allure d’une Silicon Valley d’Allemagne de l’Est. Un atout de plus pour une ville qui n’en manque pas. Car celle que l’on appelle “la Florence de l’Elbe” est, aussi, la vitrine touristique de la RDA. OubliĂ©s ou presque, les bombardements de 1945, qui avaient dĂ©truit un tiers de la ville. Si Dresde n’a, 40 ans plus tard, pas entiĂšrement retrouvĂ© son lustre d’antan, les efforts colossaux engagĂ©s par le rĂ©gime commencent Ă  se voir. L’universitĂ© technique est la meilleure du pays dans sa catĂ©gorie. Les théùtres sont remplis tous les soirs. Symbole de cette renaissance et symbole de la ville, le plus cĂ©lĂšbre d’entre eux, le Semperoper, rouvre ses portes en fĂ©vrier 1985 sur un opĂ©ra de Weber, Le Franc-Tireur. Dresde bouillonne de nouveau quand, six mois plus tard, Vladimir Poutine pose ses valises en ville.

Society #177

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