Mafia Blues | Society
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Mafia Blues

Ils ont passĂ© leur vie Ă  tuer, voler, arnaquer, tout ça pour “la cause” et “la famille”. Puis ils en ont eu marre, se sont fait trahir ou se sont tout simplement retrouvĂ©s sans boulot. Alors, ils ont dĂ©cidĂ© de parler. Surfant sur les films et les sĂ©ries Ă  la mode, des dizaines d'anciens hommes de main, parrains et gros bras de la mafia italo-amĂ©ricaine devenus repentis font dĂ©sormais commerce de leur passĂ©. Et racontent tous la mĂȘme histoire: celle d'un monde qui se meurt. Voici leur Ă©lĂ©gie.
  • Par RaphaĂ«l Malkin, Ă  New York / Photos: Roger Kisby
  • 25 min.
  • Portrait
Illustration pour Mafia Blues
 Photos: Roger Kisby pour Society

La nuit, dans sa maison du New Jersey, il arrive que John Alite ait le sommeil qui tangue, perturbĂ© par quelques mauvaises histoires. Il dit qu’il fait des “cauchemars”. Voici le dernier en date: “J’ai rĂȘvĂ© que je poignardais un type que je connaissais. Douze coups de couteau.” Ce “type”, dans la rĂ©alitĂ©, est bel et bien mort. C’était il y a des annĂ©es. Et c’était bien Ă  cause de John Alite. “La seule diffĂ©rence, c’est que je ne l’ai pas tuĂ© moi-mĂȘme. Je l’ai fait tuer”, marmonne ce dernier tandis qu’il dĂ©jeune d’une salade dans un cafĂ© de New York. Pour John Alite, la cinquantaine toute en muscles, les nuits se suivent et se ressemblent depuis longtemps maintenant: ces cadavres qui viennent le hanter les uns aprĂšs les autres dans son sommeil portent tous, Ă  leur façon, sa signature pour de vrai. Ce sont des morts et des meurtres qui racontent son passĂ©. “En tout, j’ai tuĂ© quinze personnes, confesse-t-il en commandant une eau gazeuse. C’était mon mĂ©tier et je le faisais pour la famille.” Pendant des annĂ©es, John Alite a Ă©tĂ© l’un des hommes de main les plus prolifiques de la famille Gambino, le clan mafieux qui a longtemps trĂŽnĂ© sur New York et les États-Unis. “C’était une Ă©poque oĂč j’aimais me dire que je pouvais aller toujours plus loin tant que je ne mourais pas”, se souvient-il. Une vie que l’“assassin”, comme il se dĂ©crit lui-mĂȘme le nez sur sa salade, dit renier aujourd’hui. Sorti de prison en 2013, oĂč il a passĂ© neuf ans, John Alite parle dĂ©sormais de cette pĂ©riode de sa vie comme d’un moment “misĂ©rable”. Il jure qu’il prĂ©fĂšre aujourd’hui passer ses journĂ©es Ă  s’entraĂźner Ă  la boxe avec ses fils, siroter des cocktails dans des bars avec sa jeune amie, ou tout simplement rouler seul pendant des heures au volant de sa dĂ©capotable. John Alite n’est plus un mafieux. C’est un repenti, comme on appelle communĂ©ment, de chaque cĂŽtĂ© de l’Atlantique, ceux qui ont dĂ©cidĂ© de quitter la citadelle de la Cosa Nostra, ses conventions et sa routine.

Society #61

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