

La nuit, dans sa maison du New Jersey, il arrive que John Alite ait le sommeil qui tangue, perturbĂ© par quelques mauvaises histoires. Il dit quâil fait des âcauchemarsâ. Voici le dernier en date: âJâai rĂȘvĂ© que je poignardais un type que je connaissais. Douze coups de couteau.â Ce âtypeâ, dans la rĂ©alitĂ©, est bel et bien mort. CâĂ©tait il y a des annĂ©es. Et câĂ©tait bien Ă cause de John Alite. âLa seule diffĂ©rence, câest que je ne lâai pas tuĂ© moi-mĂȘme. Je lâai fait tuerâ, marmonne ce dernier tandis quâil dĂ©jeune dâune salade dans un cafĂ© de New York. Pour John Alite, la cinquantaine toute en muscles, les nuits se suivent et se ressemblent depuis longtemps maintenant: ces cadavres qui viennent le hanter les uns aprĂšs les autres dans son sommeil portent tous, Ă leur façon, sa signature pour de vrai. Ce sont des morts et des meurtres qui racontent son passĂ©. âEn tout, jâai tuĂ© quinze personnes, confesse-t-il en commandant une eau gazeuse. CâĂ©tait mon mĂ©tier et je le faisais pour la famille.â Pendant des annĂ©es, John Alite a Ă©tĂ© lâun des hommes de main les plus prolifiques de la famille Gambino, le clan mafieux qui a longtemps trĂŽnĂ© sur New York et les Ătats-Unis. âCâĂ©tait une Ă©poque oĂč jâaimais me dire que je pouvais aller toujours plus loin tant que je ne mourais pasâ, se souvient-il. Une vie que lââassassinâ, comme il se dĂ©crit lui-mĂȘme le nez sur sa salade, dit renier aujourdâhui. Sorti de prison en 2013, oĂč il a passĂ© neuf ans, John Alite parle dĂ©sormais de cette pĂ©riode de sa vie comme dâun moment âmisĂ©rableâ. Il jure quâil prĂ©fĂšre aujourdâhui passer ses journĂ©es Ă sâentraĂźner Ă la boxe avec ses fils, siroter des cocktails dans des bars avec sa jeune amie, ou tout simplement rouler seul pendant des heures au volant de sa dĂ©capotable. John Alite nâest plus un mafieux. Câest un repenti, comme on appelle communĂ©ment, de chaque cĂŽtĂ© de lâAtlantique, ceux qui ont dĂ©cidĂ© de quitter la citadelle de la Cosa Nostra, ses conventions et sa routine.


