

Il est 8h passées de quelques minutes ce mercredi 8 février quand Gérard Larcher apparaît à l’extérieur de la grande baie vitrée située au rez-de-chaussée de la Maison de la radio, entouré d’une partie de son équipe. Le pas est pressé, la matinale de France Inter l’attend. À l’intérieur, assis sur un fauteuil rouge, sa veste en cuir encore fermée, François Ruffin ne l’a pas remarqué. Lui doit passer dans celle de France Info et il révise ses fiches, seul, comme un étudiant. Une manie chez lui, liée à la peur de se rater. Quand il passe à côté d’un entretien, François Ruffin peut se mettre à déprimer. Il appelle ça “des moments de plongée dans [s]a tête”. Dans l’ascenseur, il prévient: “On pourra parler après, sauf si je fais de la grosse merde.” Aux aurores, une alerte est tombée: Total vient d’annoncer de nouveaux profits record. Bonne nouvelle: il connaît le sujet par cœur. Pendant le maquillage, la journaliste Salhia Brakhlia prévient que l’interview commencera par ce sujet. Il se détend un peu.
Une erreur. L’émission débute, troisième question: “Vous savez qui est le premier actionnaire de Total?” François Ruffin: “L’État français.” Mauvaise réponse: il aurait fallu répondre “les salariés”, comme le corrige le journaliste Marc Fauvelle. Léger moment d’hésitation, quelques mots qui ne viennent pas, puis Ruffin embraye comme il peut. Rien de bien méchant, mais dès la sortie du bâtiment, il fait la tête: “Bon là, je m’en veux, c’est le moment culpabilité, parce que je sais ce que je dois répondre et je réponds pas bien. J’aurais dû enchaîner sur le salariat à deux vitesses chez les franchisés de Total. Ça m’arrive tout le temps d’avoir des trucs qui viennent après. Ça fait chier.” Une pause, alors qu’il se dirige vers la station de RER la plus proche, puis: “La force de mes films, c’est que j’arrive à transformer ma colère en ironie. Quand je suis en plateau, je suis très premier degré. C’est un truc qu’il faut corriger.”


