Loft Stories | Society
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Loft Stories

Onze participants enfermĂ©s 24 heures sur 24 sous l’Ɠil de 26 camĂ©ras dans un dĂ©cor de sitcom: tel est le pitch du programme tĂ©lĂ© qui a rendu folle la France au printemps 2001. Quinze ans plus tard, alors que la descente aux enfers de certains candidats a fait les choux gras de la presse et que la tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ© est partout sur les Ă©crans, que reste-t-il de Loft Story? Une rĂ©volution.
  • Par Pierre Boisson et Marc Hervez
  • 39 min.
  • Story
Illustration pour Loft Stories
 AFP / OLIVIER MORIN

Sur leurs agendas respectifs, la date est cochĂ©e depuis quelques semaines dĂ©jĂ . Peut-ĂȘtre mĂȘme depuis plusieurs annĂ©es. Le 26 avril prochain, Alexia Laroche-Joubert et Thomas Valentin ont prĂ©vu de dĂ©jeuner ensemble, “comme deux vieux anciens combattants qui se retrouvent pour Ă©voquer les souvenirs, sourit celle qui vient d’ĂȘtre nommĂ©e Ă  la tĂȘte d’Adventure Line Production –qui produit entre autres Koh-Lanta et Fort Boyard. C’est quand mĂȘme une date importante, on a vĂ©cu une histoire extraordinaire.” Ce que la productrice de programmes destinĂ©s au petit Ă©cran et le numĂ©ro deux du groupe M6 ont Ă  cĂ©lĂ©brer est, de fait, un anniversaire pas comme les autres: les 15 ans d’une Ă©mission de tĂ©lĂ© pas comme les autres. Celle qui, avec ses onze participants (treize en tout, David et Delphine ayant Ă©tĂ© remplacĂ©s) enfermĂ©s 24 heures sur 24 sous l’Ɠil des camĂ©ras, son dĂ©cor modulaire prĂ©fabriquĂ© installĂ© sur un parking de la Plaine Saint-Denis, sa succession de sĂ©quences cultes (Van Damme et son “arrĂȘtez les claquements, merde!”), de dialogues d’une vacuitĂ© intĂ©grale (“Je n’arrive pas Ă  faire la mayonnaise quand j’ai mes rĂšgles”) ou encore d’expressions devenues la marque de fabrique des programmes du mĂȘme type (“J’ai dĂ©cidĂ© de quitter l’aventure”, “Je suis quelqu’un de cash”), a marquĂ© les dĂ©buts de la tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ© dans l’Hexagone.

Un groupe de femmes posent devant une affiche "LOFT STORY", chacune tenant une valise argentée. Elles sont habillées de maniÚre variée, avec des expressions souriantes.
 Getty / GAMMA / Remi BENALI

“Autant le dire tout de suite, il y a un avant et un aprĂšs Loft Story”, prĂ©vient SĂ©bastien Zibi, qui travaillait comme monteur sur l’émission. Pourtant, au printemps 2001, Thomas Valentin est loin de se douter que l’adaptation française du concept nĂ©erlandais Big Brother est partie pour changer le visage de la tĂ©lĂ© nationale. Il n’en a mĂȘme pas l’ambition: “On savait que ça avait marchĂ© dans d’autres pays, mais c’est la seule garantie que l’on avait”, explique-t-il. La petite chaĂźne qui monte lançant une nouvelle Ă©mission avec des anonymes face au “policier du jeudi” de TF1? AprĂšs tout, M6 avait dĂ©jĂ  tentĂ© d’innover en mettant Ă  l’antenne un magazine Ă©conomique le dimanche soir et des sitcoms tous les jours Ă  20h –lĂ  oĂč tout le monde diffusait respectivement un film et son JT– sans que ça ne la fasse basculer dans une nouvelle dimension. “La presse en avait trĂšs peu parlĂ© avant que ça ne commence”, rappelle d’ailleurs Alexia Laroche-Joubert. La foule prĂ©sente dehors le soir de la premiĂšre pour accueillir les mystĂ©rieux lofteurs Ă  leur descente de limousine, et qui se pointera ensuite tous les jeudis Ă  la sortie du bĂątiment dans l’espoir d’apercevoir l’éliminĂ© de la semaine? “DĂšs la deuxiĂšme semaine, c’était blindĂ© de monde dehors, rembobine Jean‑Louis Cap, rĂ©alisateur attitrĂ© de tous les prime times. Mais pour la premiĂšre, sur les plans larges en extĂ©rieur, on voyait bien qu’il n’y avait personne. On a dĂ» prendre des figurants. Je crois qu’il y avait mĂȘme des employĂ©s de la prod’ dans le public.”

La premiĂšre semaine, il n’y avait personne. On a dĂ» prendre des figurants. Je crois qu’il y avait mĂȘme des employĂ©s de la prod’ dans le public

Jean-Louis Cap, réalisateur

Vrai. Ce jeudi 26 avril, aux alentours de 20h50, soir de la premiĂšre, tout le monde serre un peu les fesses. Thomas Valentin est montĂ© Ă  la Plaine Saint-Denis pour l’occasion –il en fera de mĂȘme tous les jeudis soirs jusqu’à la finale. PlantĂ© derriĂšre l’équipe de rĂ©alisation, c’est depuis le car rĂ©gie qu’il voit Loana, Steevy, Kenza et les autres dĂ©bouler sur le plateau de Benjamin Castaldi, entrer dans le loft et se lancer dans une soirĂ©e spiritisme. “M6 n’avait mĂȘme pas 15 ans. À l’époque, elle devait faire 10-12% de parts de marchĂ©, relate Jean-Louis Cap. Je m’en souviens trĂšs bien, derriĂšre moi, Thomas Valentin s’est tournĂ© vers StĂ©phane Courbit et a prononcĂ© cette phrase: ‘Franchement, si on fait 15, on est les rois du monde.’ On a fait 30. Le point de dĂ©part de quelque chose de fou.” Trente pour cent? Une mise en bouche, tout au plus, tant l’émission va cannibaliser l’audience pendant deux mois et demi. Quinze jours plus tard, le prime du Loft rĂ©unit onze millions de tĂ©lĂ©spectateurs, ce qui reprĂ©sente plus de 37% de parts de marchĂ©. À 23h12, le 5 juillet 2001, soir de la finale, 11,7 millions de Français sont branchĂ©s sur M6 pour assister au triomphe de Christophe et Loana, “soit 76% du public prĂ©sent devant la tĂ©lĂ© Ă  ce moment-lĂ . Parmi eux, plus de deux tiers des 15-24 ans de tout le pays”, appuie Thomas Valentin.

Society #29

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