Sommes-nous de plus en plus cons? | Society
EnquĂȘte

Sommes-nous
de plus en plus
cons?

Difficile d'y Ă©chapper. Ces derniers temps, elle semble s'infiltrer partout: en famille, entre amis, dans le dĂ©bat public, sur Netflix via l'immense succĂšs du film Don't look up et, sans surprise, dans la campagne prĂ©sidentielle. Qui donc? La connerie, bien sĂ»r, qui fait aussi l'objet de best-sellers en librairie et mĂȘme, depuis peu, de tables rondes et de colloques. Une omniprĂ©sence qui interroge: simple illusion? ÉniĂšme filon marketing? Ou vrai sujet? Autrement dit: sommes-nous tous rĂ©ellement en train de devenir de plus en plus cons?
  • Par Pierre-Philippe Berson et ThĂ©o Denmat
  • 17 min.
  • EnquĂȘte
Une photographie en noir et blanc d'une personne aux cheveux blancs, avec le visage remplacé par un motif coloré abstrait de cercles concentriques en bleu, rose et noir.
 D'aprĂšs AFP / Arthur Sasse

Dans le match entre juillettistes et aoĂ»tiens, ValĂ©rie Masson-Delmotte a longtemps refusĂ© de trancher. Pendant des annĂ©es, cette palĂ©oclimatologue au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement de Paris-Saclay partait en vacances de mi-juillet Ă  mi-aoĂ»t. Mais l’étĂ© dernier, une Ă©chĂ©ance professionnelle a torpillĂ© ses habituels congĂ©s, avec un rendez-vous cochĂ© dans l’agenda: le 9 aoĂ»t. Ce jour-lĂ , ValĂ©rie Masson-Delmotte doit rendre public le rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Elle est la coprĂ©sidente du groupe n°1, celui qui traite des aspects scientifiques du changement climatique. “Avant la remise du rapport, ce fut un marathon de trois ans de travail avec une derniĂšre ligne droite de quinze jours”, rĂ©sume la scientifique. Tout le mois de juillet et les premiers jours d’aoĂ»t, la chercheuse les passe avec ses collĂšgues dans l’hĂŽtel Novotel Évry-Courcouronnes, retirĂ©s du monde, auto-confinĂ©s sous une masse de travail dĂ©mentielle. Ils doivent vĂ©rifier 3 000 pages d’études scientifiques, pour ensuite les condenser dans une synthĂšse de 25 pages. Elle enquille 186 heures sur Zoom avec des scientifiques du monde entier. Chaque mot du rapport est soupesĂ©. Chaque chiffre examinĂ©, scrutĂ©, vĂ©rifiĂ©. La pression est Ă  la hauteur des enjeux. Soutenues par des hectolitres de cafĂ© et quelques promenades autour du lac d’Évry, avec au loin l’autoroute A6, la bien nommĂ©e autoroute du Soleil, pour seul horizon balnĂ©aire, ValĂ©rie Masson-Delmotte et sa task force parviennent finalement Ă  tenir les dĂ©lais. Arrive la derniĂšre Ă©tape, la plus stressante: la Française doit prendre la parole au nom du GIEC et donner une confĂ©rence de presse en mondovision qui accompagne la publication du rapport. Ce fameux lundi 9 aoĂ»t 2021, ValĂ©rie Masson-Delmotte s’avance pour enfin dĂ©baller Ă  la face du monde les conclusions alarmantes du GIEC et obtenir toute l’attention que ce rapport requiert.

Society #172

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