

Dans le match entre juillettistes et aoĂ»tiens, ValĂ©rie Masson-Delmotte a longtemps refusĂ© de trancher. Pendant des annĂ©es, cette palĂ©oclimatologue au Laboratoire des sciences du climat et de lâenvironnement de Paris-Saclay partait en vacances de mi-juillet Ă mi-aoĂ»t. Mais lâĂ©tĂ© dernier, une Ă©chĂ©ance professionnelle a torpillĂ© ses habituels congĂ©s, avec un rendez-vous cochĂ© dans lâagenda: le 9 aoĂ»t. Ce jour-lĂ , ValĂ©rie Masson-Delmotte doit rendre public le rapport du Groupe dâexperts intergouvernemental sur lâĂ©volution du climat (GIEC). Elle est la coprĂ©sidente du groupe n°1, celui qui traite des aspects scientifiques du changement climatique. âAvant la remise du rapport, ce fut un marathon de trois ans de travail avec une derniĂšre ligne droite de quinze joursâ, rĂ©sume la scientifique. Tout le mois de juillet et les premiers jours dâaoĂ»t, la chercheuse les passe avec ses collĂšgues dans lâhĂŽtel Novotel Ăvry-Courcouronnes, retirĂ©s du monde, auto-confinĂ©s sous une masse de travail dĂ©mentielle. Ils doivent vĂ©rifier 3 000 pages dâĂ©tudes scientifiques, pour ensuite les condenser dans une synthĂšse de 25 pages. Elle enquille 186 heures sur Zoom avec des scientifiques du monde entier. Chaque mot du rapport est soupesĂ©. Chaque chiffre examinĂ©, scrutĂ©, vĂ©rifiĂ©. La pression est Ă la hauteur des enjeux. Soutenues par des hectolitres de cafĂ© et quelques promenades autour du lac dâĂvry, avec au loin lâautoroute A6, la bien nommĂ©e autoroute du Soleil, pour seul horizon balnĂ©aire, ValĂ©rie Masson-Delmotte et sa task force parviennent finalement Ă tenir les dĂ©lais. Arrive la derniĂšre Ă©tape, la plus stressante: la Française doit prendre la parole au nom du GIEC et donner une confĂ©rence de presse en mondovision qui accompagne la publication du rapport. Ce fameux lundi 9 aoĂ»t 2021, ValĂ©rie Masson-Delmotte sâavance pour enfin dĂ©baller Ă la face du monde les conclusions alarmantes du GIEC et obtenir toute lâattention que ce rapport requiert.


