

En 2004, vous Ă©criviez que la fiction Ă©tait votre âreligionâ. Mais vous sortez aujourdâhui une collection dâessais et quand on regarde votre Ćuvre, on sâaperçoit que vous avez dĂ©sormais Ă©crit autant de livres de non-fiction que de fiction. Câest une statistique qui vous Ă©tonne? La rĂ©ponse rapide serait de dire oui. Parce que jâai dĂ©marrĂ© ma carriĂšre dâĂ©crivain avec la conviction que le roman Ă©tait la seule forme qui importait et que le fait de parler Ă la premiĂšre personne en tant quâauteur Ă©tait une trahison envers le roman. Mes modĂšles, Ă lâĂ©poque, Ă©taient Don DeLillo, Thomas Pynchon, William Gaddis, les grands romanciers masculins dâaprĂšs-guerre. Ils accordaient trĂšs peu dâinterviews et, encore plus important, nâĂ©crivaient jamais dâessais. LâidĂ©e maĂźtresse Ă©tait que lâĆuvre devait parler pour elle-mĂȘme et que tout point de vue personnel lâaffaiblirait automatiquement. Jâai cru à ça jusquâau milieu des annĂ©es 1990, et jâai changĂ© dâavis tout simplement parce quâĂ un moment donnĂ©, jâai eu besoin dâargent, et jâai commencĂ© Ă Ă©crire des articles de journalisme pour le New Yorker. LĂ -bas, mon rĂ©dacteur en chef mâa vite suggĂ©rĂ© de plutĂŽt Ă©crire des articles dâopinion. CâĂ©tait bien payĂ© et il se trouve que jâavais beaucoup dâopinions, alors jâai dit oui. Et en le faisant, jâai rĂ©alisĂ© que mes premiers romans (La 27e Ville et PhĂ©nomĂšnes naturels, ndlr) souffraient justement du fait que jâavais tentĂ© de mettre mes idĂ©es dedans, et que ma fiction serait sans doute meilleure si je me concentrais sur les personnages et lâhistoire. Dâune certaine maniĂšre, Ă©crire de la non-fiction mâa donc libĂ©rĂ© en tant que romancier.








