

Avant de tourner Titane, tu as chopĂ© le Covid-19 en fĂ©vrier 2020, ce qui est trĂšs tĂŽt dans notre dĂ©couverte collective et sociale de la maladie. Comment lâas-tu vĂ©cu? Jâai eu un Covid lĂ©ger mais qui a Ă©tĂ© trĂšs, trĂšs long. JâĂ©tais alitĂ©e, avec une trĂšs grande fatigue, inĂ©dite. Je ne pouvais voir personne. Ăa nâa pas Ă©tĂ© douloureux, jâaime bien ĂȘtre seule, jâai lu. Quand jâai rĂ©ussi Ă me lever, jâai peint. Jâai regardĂ© beaucoup de films, comme tout le monde. Jâattendais que ça passe, je voyais comment ça Ă©voluait en moi, avec beaucoup de curiositĂ©. Jâai eu le luxe que permettent les formes lĂ©gĂšres de cette maladie. JâĂ©tais plutĂŽt en observation de moi-mĂȘme, de comment mon corps allait rĂ©agir. Ce qui mâa fait bizarre, câest de rĂ©apprendre Ă voir des gens. Tu dois rĂ©activer tes outils sociĂ©taux. Ăa mâa un peu perturbĂ©e. Quand tu es enfermĂ©e chez toi, que tu ne vois personne, câest facile dây rester. Sortir, le soleil, les gens⊠il y a un truc qui peut ĂȘtre trĂšs agressif. Jâai dĂ» me faire un peu violence.
Tu es pourtant quelquâun qui travaille beaucoup en observant les gens, non? Oui, je passe mon temps Ă me projeter dans la vie des autres: je regarde quelquâun, je me demande oĂč il va, dâoĂč il vient, sâil a lâair triste, malheureux, Ă quoi il pense⊠Dans le train, mon jeu prĂ©fĂ©rĂ©, câest de regarder les maisons et me demander ce que je ressentirais si jâhabitais lĂ , imaginer la vie que jâaurais. Je ne suis pas sur les rĂ©seaux sociaux, je nâai pas de smartphone, je suis complĂštement Ă lâouest, mais je perdrais cette projection si ce nâĂ©tais pas le cas, et je pense que câest un truc prĂ©cieux. Ce nâest pas moi qui le dis, ce sont les existentialistes: dans la vie, il faut ĂȘtre plusieurs pour ĂȘtre un. DâoĂč mon obsession de la mue, de la mutation⊠LâidĂ©e, câest quâil faut muter pour se rapprocher de son essence. Il faut faire cet effort dâempathie, de compassion et de comprĂ©hension de la vie de lâautre, essayer au maximum de rĂ©frĂ©ner le jugement.


