

En 2010, pour avoir réalisé le reportage long format Cameroun: l’empire noir de Vincent Bolloré, diffusé l’année précédente sur France Inter, Benoît Collombat est condamné pour diffamation. À l’époque, son employeur, Radio France, dirigé par Jean-Luc Hees, ne fait pas appel. En 2015, le journaliste raconte cette épreuve judiciaire dans le livre collectif Informer n’est pas un délit, et se retrouve de nouveau assigné en justice pour diffamation. Il gagne en première instance puis en appel, mais la Cour de cassation, saisie par le groupe Bolloré, casse ce jugement. Finalement, le reporter gagne encore en appel en 2022. La multinationale, elle, est condamnée pour procédure abusive. “J’ai un peu été le ‘patient zéro’ des procédures bâillon du milliardaire contre les médias, confie Benoît Collombat, aujourd’hui directeur de la cellule investigation de Radio France. Durant ces treize années, l’influence de Vincent Bolloré n’a cessé de croître. Avec un écosystème médiatique à sa main, il mène désormais une bataille culturelle pour porter la droite extrême au pouvoir.”

Début 2024, aux confins de la Serbie, non loin de la frontière bulgare, le tranquille village de Dimitrovgrad est secoué par une opération de déstabilisation sans précédent. Le téléphone portable de Slaviša Milanov, un journaliste du média local FAR, qui enquête régulièrement sur les malversations du maire, a été infecté par un logiciel espion nommé NoviSpy. Le malware, capable d’aspirer toutes les données d’un smartphone une fois introduit, a eu accès à des échanges avec des sources, des documents personnels, ou encore des photos de famille. Sa détection par Amnesty Tech crée une onde de choc dans la rédaction de FAR et pousse les reporters de celle-ci à suspendre leurs enquêtes, avant de les reprendre avec Forbidden Stories.
































