

La Réole, fin janvier. Filtre gris. Le lancinant crépitement d’une pluie d’hiver a gonflé la Garonne et vidé les rues. À 60 kilomètres au sud de Bordeaux, perchée sur un coteau, la petite cité médiévale de 4 500 âmes peut s’enorgueillir de son image de carte postale en été, murs de pierre blonde et ruelles pavées empourprées de glycines. “Le reste du temps, c’est un peu mort, grommelle un habitant en tirant sur sa roulée à l’abri d’un auvent. Le problème, c’est qu’il n’y a pas de travail. ” Le Réolais est à cheval: ni vraiment dans la zone viticole du bordeaux ni tout à fait sur les plaines maraîchères du Lot-et-Garonne. On peut certes y trouver du vin en vrac moins cher que le gasoil (1,20 euro le litre), mais l’emploi y est rare et 30% de la population vit sous le seuil de pauvreté. Rue Armand-Caduc, principale artère commerçante, quelques boutiques et des vitrines vides. Au numéro 57, le cabinet du docteur Jean-Michel Ducourneau est plongé dans la pénombre. La pluie a effacé l’inscription placardée sur la porte de cette institution locale, incarnation quasi archétypale du médecin de campagne. “Ducourneau, c’est un brave mec, avance une habituée du Gypsy, le troquet en bas de la rue. Il s’occupait de tout le monde pareil. Lui, il prenait les pauvres gens.”
















