

âCâest lâodeur qui a commencĂ© Ă me toucher. Ăa sent hyperbon, le cirage, ça sent la tĂ©rĂ©benthine et la cire dâabeille. Je me souviens de la table du salon de mes parents, avec une nappe Ă motifs de vache assez moche et de ma mĂšre qui sortait sa boĂźte de cirage, et je crois que ce qui mâavait le plus plu, câĂ©tait ce chiffon sale quâelle sortait de maniĂšre religieuse alors quâil Ă©tait immonde. Le mien est une loque, mais une loque un peu solidifiĂ©e par le cirage, câest assez beau, on dirait une petite Ćuvre dâart. Cirer des chaussures, câest un rituel agrĂ©able, ça procure de la joie, une satisfaction du travail bien fait et câest mĂ©ditatif. Il nây a pas de grande rĂ©flexion Ă avoir, il faut juste ĂȘtre mĂ©ticuleux, prendre le temps et faire place nette. Des chaussures cirĂ©es, câest un peu de beautĂ© au bout de nos pieds, ce qui nâest pas toujours le cas. On nâa pas tous des pieds sublimes, il faut le reconnaĂźtre. En plus, il y a un double sens. Câest important dans le mĂ©tier que je fais de bien savoir cirer les pompes, les pompes des autres, mais aussi les siennes, se passer un petit peu de pommade et se dire que ce quâon fait câest bien et quâon va y arriver. Câest toujours utile.â



