Après l’apologie | Society
Témoignages

Après l'apologie

Depuis la loi Cazeneuve de 2014, qui a fait basculer l'infraction pour “apologie du terrorisme” du droit de la presse au droit commun, les convocations pleuvent.Parfois condamnés, parfois pas, les incriminés gardent quoi qu'il arrive une marque indélébile. Au risque de poser la question d'une menace sur la liberté d'expression. Trois intéressés aux profils bien différents racontent.
  • Par Pierre-Philippe Berson et Vincent Berthe / Illustrations: Emmanuel Polanco
  • 16 min.
  • Témoignages
Un personnage en robe de juge pointe du doigt en avant, avec un petit homme debout sur son doigt, se grattant la tête. Le fond est rouge dégradé.
 Illustrations: Emmanuel Polanco pour Society

Mohamed Makni, 73 ans

Dans son rituel matinal quotidien, Facebook occupe une place prépondérante. Mohamed Makni s’y est inscrit dès 2008. “J’étais parmi les premiers”, crâne cet ancien imprimeur à la retraite. Après un petit déjeuner arrosé de café, il “tripote” son Samsung pour consulter ses comptes bancaires, ses e-mails, et rapidement, il se plonge dans le réseau social. Il commence par assumer son rôle de père et de grand-père en recevant et envoyant son lot de photos et de messages bardés d’émojis à ses cinq enfants et quatre petits-enfants. Puis, il enchaîne par la lecture d’articles sur l’actualité de la région grenobloise, où il vit. En bon élu qu’il est, adjoint à la propreté urbaine à la mairie d’Échirolles, il consulte avec gourmandise les pages locales tout en conservant un œil attentif sur l’actualité politique nationale, lui qui est adhérent au Parti socialiste depuis 20 ans. Là ne s’arrête pas son activisme en ligne. Comme tout président d’association qui se respecte, Mohamed Makni s’attache à faire vivre la page Facebook de la “Fraternité Franco-Tunisienne de Grenoble-Alpes Métropole”, qui compte 4 600 membres. Il relaie tous types d’informations, de la location d’un appartement à Sousse à des recettes de méchouia, la salade tunisienne aux tomates et poivrons. Il ponctue régulièrement ses publications de quatre émojis, les drapeaux français et tunisien, un cœur et le signe peace and love. Puis, la journée peut commencer.

Society #232

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