Trois hommes dans une voiture: deux flics et Michel Fourniret. Daniel Bourgard, commandant Ă la SRPJ de Reims, et Yannick Jacquemin, son bras droit, connaissent dĂ©jĂ le tueur. Ils lâont interrogĂ© plusieurs fois en Belgique, oĂč il a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© en 2003 et oĂč il a avouĂ© une partie de ses crimes. ExtradĂ© vers la France en janvier 2006, il est depuis incarcĂ©rĂ© Ă la prison de ChĂąlons-en-Champagne, dans lâattente de son procĂšs. Ă 9h, les policiers lâont extrait de sa cellule. Ils veulent le cuisiner sur lâenlĂšvement et le meurtre de deux jeunes filles dans lâYonne, Ă propos desquels il nâa encore rien lĂąchĂ©. La partie sâannonce compliquĂ©e: ils ne disposent dâaucun Ă©lĂ©ment matĂ©riel et devront ĂȘtre de retour Ă la prison pour 17h. âOn nâavait pas le choix, rejoue Jacquemin aujourdâhui. On Ă©tait obligĂ©s de lui faire une danse du ventre pour lâamener Ă se dĂ©voiler. Donc on est venus le voir en âamisâ. Il Ă©tait content quâon le sorte de prison.â
 MaxPPPLa voiture des enquĂȘteurs file vers Reims, discrĂštement suivie par un vĂ©hicule banalisĂ©. Dans lâhabitacle, la confrontation a dĂ©jĂ commencĂ©.
âAlors, Michel, quâest-ce que vous lisez en ce moment?â entame Jacquemin, au fait des prĂ©tentions littĂ©raires du criminel.
âJe mĂšne la vie monacale que jâai toujours rĂȘvĂ© de menerâ, rĂ©pond lâintĂ©ressĂ©, enchantĂ© de lâentrĂ©e en matiĂšre. Assis sur la banquette arriĂšre, Fourniret est Ă lâaise: la route lui rappelle lâĂ©poque oĂč il prenait lâautoroute sans payer.
âPour nous expliquer pourquoi il resquillait les pĂ©ages, il a dit: âJâĂ©tais dans un Ă©tat dâimpĂ©cuniositĂ©.â
Son esprit Ă©tait trĂšs tortueuxâ, se souvient Jacquemin. Les enquĂȘteurs lui donnent des nouvelles de sa premiĂšre femme, inventent quand ils ne savent pas, tĂąchent de rester plausibles. Jacquemin:
âAvec un type comme ça, si on bluffe et quâon se rate, on est caramĂ©lisĂ©s.â Ils lui parlent bricolage, maçonnerie, dalle en bĂ©ton:
âJâadore ça, je mây connais vraiment, et Fourniret aussiâ, raconte Bourgard, aujourdâhui retraitĂ©. Son bras droit enchaĂźne. En 2004, Jean-Pierre Raffarin, alors Premier ministre et souhaitant valoriser lâenseignement professionnel, avait justement Ă©voquĂ©
âlâintelligence de la mainâ. Jacquemin reprend la formule Ă son compte.
âFourniret a cru que câĂ©tait de moi, rigole-t-il.
Il a adorĂ©.â