

“Bonjour, vous venez pour les petits hommes verts, je présume?” Kévin, serveur à la cafétéria Casino de La Défense, est ce que l’on appelle un type au parfum: derrière sa caisse, chaque premier mardi du mois, il voit défiler le même groupe d’amateurs de phénomènes ufologiques. “Ils me font fermer plus tard que d’habitude, mais d’un autre côté, ils relancent un peu notre chiffre d’affaires”, fait-il contre mauvaise fortune bon cœur. Ce mardi de printemps, ils sont une trentaine à avoir fait le déplacement, venus de toute l’Île-de-France. Chacun d’entre eux prend son plateau en silence, se sert, passe devant Kévin, puis se dirige vers le fond de la salle, à l’abri des regards. Enceintes, micro et diaporamas sont déjà installés. Il est 18h, tout est prêt pour que la réunion Ovni Paris se passe dans les meilleures conditions. Tous les participants se connaissent, ou presque. Tous ont déjà participé à des “enquêtes de terrain”, se sont passé, au moins une fois, une paire de jumelles sur un terrain vague, la nuit. Tous ont vu ou savent des choses. Sexagénaires pour la plupart, ils appartiennent à cette génération de l’après-guerre fascinée par la science-fiction des années 1950. Paulette va sur ses 90 ans, elle tient difficilement son plateau. C’est la doyenne. “J’ai participé à de nombreuses enquêtes de terrain, explique-t-elle. On allait voir les paysans qui avaient vu des soucoupes volantes. D’abord, on vérifiait qu’ils n’étaient pas saouls. On voyait directement aux poubelles de la veille s’ils avaient bu ou pas. Ensuite, on leur demandait s’ils avaient une bonne vue. Puis, on prenait note de ce qu’ils nous décrivaient. On allait sur les lieux, on prenait des échantillons de terre et on revenait plus tard constater s’il y avait des évolutions.” Paulette se souvient de ces déplacements à travers la France. “Il valait mieux s’acoquiner avec le commissariat du coin, parce que parfois, quand des choses étranges se produisaient, les types nous appelaient. Pareil pour l’armée: il fallait être sûrs qu’ils n’avaient pas survolé la région la veille avec un avion.” Aujourd’hui, Paulette n’a plus la force de bosser avec sa brigade “ghostbuster”. Mais elle se tient toujours informée des dernières actus ufologiques. “Je viens à ces réunions depuis des années. Et je continuerai d’y aller tant que mes cannes me le permettront”, dit-elle.




























