

Ce matin, Benjamin Védrines a refermé la porte derrière lui. Le feu crépitait dans la cheminée. Après une dernière embrassade avec Gérard et Marie-Claire, ses parents, il a embarqué son sac, lesté de ses piolets, ses crampons, son casque, quelques cordes et tout le reste de son attirail de montagne. Comme à chaque fois qu’il prépare une expédition, son matériel a été soigneusement pesé. Chaque gramme compte pour cet apôtre du minimalisme: là-haut, il peut traquer la moindre goutte de condensation sur la tente au moment de la ranger, afin de s’alléger au maximum pour la suite de l’ascension. Mais aujourd’hui, le chiffre sur la balance était bien plus élevé que d’habitude. Une bonne trentaine de kilos. Car cette fois, l’homme le plus rapide au monde sur un sommet de plus de 8 000 mètres prévoit de prendre son temps. Il part pour de longs mois, seul. Et nul ne doit savoir où. Pis, il ne compte plus donner le moindre signe de vie. Plus d’interviews, plus de conférences, plus de vidéos, plus de posts sur les réseaux sociaux. Plus rien. Benjamin Védrines entend disparaître des radars, tout simplement.
















