

“Des gens viennent vous dire bravo, c’est gentil, on en comprend qu’on a fait un travail pas trop mauvais, mais en même temps, on ne va pas tourner autour du pot: c’est un échec.” Durant quatre semaines, du 22 septembre au 17 octobre derniers, à Albi, devant la cour d’assises du Tarn, Me Emmanuelle Franck a défendu, avec son associé Me Alexandre Martin, Cédric Jubillar, accusé du meurtre de son épouse, Delphine. Un procès ultra-médiatisé lors duquel l’avocate de 44 ans n’est pas passée inaperçue auprès des plus grandes plumes de la chronique judiciaire, de Stéphane Durand-Souffland titrant dans Le Figaro “Une plaidoirie d’anthologie sous le signe du doute” à Pascale Robert-Diard mettant en exergue dans Le Monde “un grand moment de défense”, ce qui a incité sa mère à acheter le “journal du soir” en triple exemplaire. Bon pour l’ego, mais au bout des débats, donc, Cédric Jubillar a été condamné à 30 ans de réclusion criminelle. “Notre but, c’est de convaincre, pas de se faire plaisir ou de s’écouter parler. On a un peu l’impression que certains pensent que l’avocat fait une prestation, que c’est du spectacle, une fiction, qu’il n’y a pas un mec qui va effectivement passer 30 ans en taule.” Emmanuelle Franck n’aura pas l’occasion d’inverser la tendance: son client a décidé, pour son prochain procès en appel, de changer d’avocat, semble-t-il sur les conseils d’une “admiratrice”, selon Libération. “C’est la vie du pénal, réagit placidement Emmanuelle Franck. On est habitués à ça, les gens jouent leur vie. On s’y attendait, on savait que ça pouvait arriver, on n’est pas tombés des nues.” Et puis surtout, c’est bien connu: pendant les affaires, les affaires continuent.
















