Flex Education | Society
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Flex Education

TerminĂ©e, l'Ă©poque oĂč chaque salariĂ©(e) avait un bureau attitrĂ©. PoussĂ©es par la hausse du tĂ©lĂ©travail, de plus en plus d'entreprises adoptent le flex office : des espaces libres et modulables Ă  l'infini, oĂč chacun pose son ordi oĂč il veut. Un systĂšme censĂ© garantir plus d'horizontalitĂ©, de souplesse et d'efficacitĂ©. Mais qui, bien souvent, vire au cauchemar pour les employĂ©s concernĂ©s.
  • PAR GUILLAUME VÉNÉTITAY
  • 12 min.
  • Nouveau Monde
L'image montre des personnages stylisés dans des positions dynamiques, utilisant des ordinateurs portables et des téléphones, entourés d'objets de bureau et de plantes. Les couleurs sont vives et variées, créant une scÚne animée et moderne.
 Illustrations: Simon Landrein pour Society

Les premiers jours, Élisa* n’a pas modifiĂ© sa routine. ChargĂ©e d’études dans un grand institut de sondages parisien, elle a continuĂ© de traĂźner au lit, de courir pour attraper le RER B qui la dĂ©pose Ă  cinq minutes de son lieu de travail et de dĂ©marrer sa journĂ©e systĂ©matiquement aprĂšs 10h. “Je me faisais niquer. Il n’y avait plus aucun bureau disponible. Je me retrouvais dans des salles de rĂ©union avec d’autres naufragĂ©s”, peste la trentenaire. C’était en 2016. À l’époque, sa boĂźte vient d’opĂ©rer un grand chambardement. Exit les bureaux Ă  quatre ou cinq personnes ou les petits open spaces avec des postes attitrĂ©s pour chaque salariĂ©(e). Place dĂ©sormais Ă  un immense plateau par Ă©tage mĂ©langeant plusieurs Ă©quipes, oĂč chacun peut s’installer oĂč il le souhaite. L’entreprise a aussi dissĂ©minĂ© de nouveaux espaces de rĂ©union, agrĂ©mentĂ©s de citations de savants comme Albert Einstein –“La folie, c’est de faire toujours la mĂȘme chose et de s’attendre Ă  un rĂ©sultat diffĂ©rent.” “On nous avait prĂ©sentĂ© cette organisation avec un discours trĂšs corpo-start-up et un cĂŽtĂ© vachement horizontal oĂč l’on peut s’asseoir en face de son N+2, bosser ‘en mode projet’. Ce qui est totalement bullshit, poursuit Élisa. En rĂ©alitĂ©, la direction voulait faire des Ă©conomies en lĂąchant la moitiĂ© du bĂątiment existant. On s’est juste retrouvĂ©s plus tassĂ©s.” AgacĂ©e, la jeune femme change un peu ses habitudes et prend le RER plus tĂŽt pour gagner “la course aux places”. Mieux, elle Ă©labore des stratĂ©gies pour s’approprier le mĂȘme bureau tous les jours. Alors que chaque employĂ©(e) doit thĂ©oriquement ranger ses affaires (ordinateur, dossiers, plantes ou effets personnels) dans un casier en partant et laisser chaque poste propre pour un(e) autre collĂšgue le lendemain, Élisa dĂ©sobĂ©it: “Je garde mon bordel sur la table pour marquer mon territoire.”

Society #206

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