

À Chepkorio et dans ses environs, une date, le 8 octobre 2023, est devenue un album photo. Il suffit de la lancer au milieu des conversations pour faire ressortir, ici et là, une scène, un sourire, un souvenir, une impression: tout le monde sait où il était et ce qu’il faisait ce jour-là. Généreux, Vincent Maiyo va plus loin et accompagne son compte rendu d’une visite de la salle de billard qu’il dirige depuis des années dans ce petit village de l’ouest du Kenya, situé à une quarantaine de kilomètres d’Eldoret, l’une des plus grandes villes du pays. Le lieu abrite notamment, au cœur d’une pièce sombre surnommée la “Vietnam Room”, des tribunes de fortune en bois où les gens peuvent venir s’avachir devant des matchs de foot anglais ou de vieux westerns. “Ce jour-là, l’endroit était vraiment blindé, remet Maiyo. Tous les habitués sont venus et on a pu même faire un appel en visio avec lui avant le départ de la course. La fête qui a suivi a été complétement dingue.”
La course? Le marathon de Chicago. L’un des six événements majeurs de la saison dans le domaine. Pour l’occasion, Mary Kangongo et Samson Cheruiyot avaient eux aussi fait les choses en grand, et reçu chez eux tous les membres de leur famille. Le couple vivait au milieu d’un lieu-dit, “Seven Up”, où sept maisons bordent une immense forêt de cyprès. Au moment où la course américaine s’est terminée, le soleil se couchait sur la vallée du Rift et Mary a seulement eu la force de pointer un doigt en direction d’un écran de télé avant de tomber brusquement dans les pommes. Son fils venait tout simplement de cavaler sur l’histoire, raflant la victoire et devenant au passage le marathonien le plus rapide de tous les temps, en deux heures et 35 secondes. Mary pensait pourtant que Chicago était une course trop dure pour lui.








