

AccoudĂ© Ă la rambarde les yeux songeurs, fixant lâhorizon, oĂč se fondent les flots du fleuve Guayas et lâazur vif du ciel, un homme gracile tourne le dos Ă la Torre Morisca, lâun des symboles du malecĂłn de Guayaquil, le centre Ă©conomique de lâĂquateur. De rares passants arpentent le bitume brĂ»lant sans lui prĂȘter la moindre attention. Il est semblable Ă nâimporte quel autre, bermuda en jean, t-shirt rose, baskets lĂ©gĂšres et banane en cuir. Il a des traits doux, une fine moustache et il nâest pas dâici ; il est venu du sud de la ville en transport public, un trajet qui lui a pris une demi-heure. De temps Ă autre, il jette des coups dâĆil par-dessus son Ă©paule. Câest par prĂ©caution: El Chikano, comme lâappellent ses amis en raison de son allure mexicaine, est un membre haut placĂ© des Latin Kings â âpremiĂšre couronne suprĂȘmeâ, mĂȘme-, le gang latino nĂ© dans les annĂ©es 1950 à Chicago puis New York, importĂ© dans les annĂ©es 1990 en Ăquateur. Et il est en guerre.














