L’aube ou le crépuscule | Society
Reportage

L’aube ou le crépuscule

Le chanteur Bobi Wine, de son vrai nom Robert Kyagulanyi Ssentamu, 38 ans, était surnommé en Ouganda “le président du ghetto”. Mais il rêvait de plus: devenir le président du pays tout entier, et ainsi le “libérer” de la mainmise de Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 35 ans. Alors, il s'est lancé dans la course à la présidence, s'attirant en retour ennuis judiciaires, arrestations arbitraires, tentatives d'assassinat. Society a suivi l'élection à ses côtés.
  • Par Lucas Duvernet-Coppola, à Kampala / Photos: Sumy Sadurni
  • 28 min.
  • Reportage
Un homme en costume gris avec une cravate rouge semble parler ou gesticuler depuis un véhicule, tandis qu'une autre personne est visible sur le côté gauche de l'image, inclinée vers l'avant. Le ciel est bleu en arrière-plan.
 © Sumy Sadurni / Society

Dans un peu plus d’une heure, Robert Kyagulanyi Ssentamu, candidat à l’élection présidentielle ougandaise, cochera son propre nom sur le bulletin de vote. Pour l’heure, il se trouve dans son salon, à genoux, les mains jointes, les yeux fermés. Son révérend et sa femme l’entourent. Deux techniciens, venus réparer les caméras de sécurité de la villa, se joignent à eux. Tous sont prostrés autour de la table basse en verre, face à la télévision éteinte, et Kyagulanyi Ssentamu prie plus fort encore que les autres, comme si Dieu était la dernière chose qui lui restait. Ce n’est pas complètement faux: la plupart de ses collaborateurs sont en prison – une centaine de personnes en tout. Ses enfants sont partis loin du pays, au cas où les choses devaient mal tourner. Internet est coupé depuis la veille. Les téléphones fonctionnent par intermittence.

Il est presque 9h, ce 14 janvier 2021. Le vote a officiellement démarré depuis deux heures, et Kyagulanyi fait ce qu’il peut pour collecter des bribes d’informations. Les nouvelles qui lui parviennent au compte-gouttes ne sont guère réjouissantes. Des militaires, aux ordres du pouvoir en place, ont arrêté ses agents de surveillance chargés de veiller à l’intégrité de l’élection dans une dizaine des 135 districts du pays. Dans 22 autres, apprend-il, “ils sont en fuite comme des criminels”.

Society #148

À lire aussi

Abonnez-vous à Society+ dès 4.90€

Des centaines de docus à streamer.
7 jours gratuits !