

Il est 5h30 ce matin du 8 octobre 2013 quand Ueli Steck s’engage depuis le camp de base avancé de l’Annapurna vers le dixième sommet le plus haut du monde, dans l’Himalaya. Devant lui, la face sud et plus de 2 500 mètres d’une ascension considérée comme l’une des plus difficiles de l’histoire, encore hantée par la mort de l’alpiniste français Pierre Béghin en 1992, voie à laquelle ce dernier a donné son nom avec son compagnon de cordée, Jean-Christophe Lafaille, miraculé de l’expédition. Depuis, personne n’a vaincu cette paroi verticale, fantasme des plus grands grimpeurs. Au crépuscule, on peut apercevoir une dernière fois le Suisse dans sa progression, à 7 000 mètres d’altitude. C’est en pleine nuit, vers 1h, qu’il atteindra la cime, à 8 091 mètres. Cinq minutes sur le sommet de cette montagne aux statistiques terrifiantes -le “8 000” le moins conquis de tous (191 ascensions réussies seulement contre 5 656 pour l’Everest) et avec le taux de mortalité le plus élevé (32% contre 4% pour l’Everest et 26% pour le K2)- et l’alpiniste entame la redescente, qu’il achève quelques heures plus tard, de retour au camp de base à 9h. Soit moins de 28 heures pour un aller-retour de plus de 5 000 mètres de dénivelé cumulé, en solo intégral, à une altitude si hostile que l’oxygène y est trois à quatre fois plus rare: l’exploit est retentissant et repousse les limites de l’alpinisme. “Jamais un homme, seul, avec un équipement si léger, n’était allé aussi vite sur un terrain d’une telle difficulté, si haut”, écrit le grand reporter de montagne, Antoine Chandellier. “C’est le stade ultime de la pratique de la montagne, l’ascension de la décennie, a minima”, corrobore Rodolphe Popier, historien de l’alpinisme. Signe qui ne trompe pas: dix jours plus tard, la cordée des duettistes français Stéphane Benoist et Yannick Graziani, considérés parmi les meilleurs himalayistes du monde, mettra plusieurs jours pour venir à bout du même itinéraire, le premier nommé y laissant au passage quelques doigts…


