

Tandis quâĂ travers la baie vitrĂ©e, la silhouette imperturbable des palmiers se dĂ©tache dans la nuit, Ă lâintĂ©rieur, deux cadavres criblĂ©s de balles de fusil-mitrailleur gisent dans une mare de sang qui pourrait remplir une baignoire. SacrĂ© carnage que cette scĂšne dĂ©couverte par les enquĂȘteurs le soir du 5 octobre 1996 dans une villa aux murs blancs des hauteurs de Marbella, la station balnĂ©aire âchic et chocâ de la cĂŽte andalouse. âIl y avait la piscine, tout le confort possible. On nâĂ©tait pas chez nâimporte qui. JâĂ©tais Ă la fois incrĂ©dule et dĂ©goĂ»tĂ©â, raconte le policier français Pierre Portero, qui, quelques jours plus tard, dĂ©barque sur les lieux. Il accompagne alors les forces espagnoles chargĂ©es de la lutte contre le crime organisĂ©, envoyĂ© en catastrophe par lâambassade de France Ă Madrid pour une simple et bonne raison: les victimes -un homme et une femme- sont françaises. Pour le limier et ses homologues espagnols, cette histoire ne peut ĂȘtre quâun rĂšglement de comptes. Pierre Portero sâempresse de transmettre les empreintes des dĂ©funts, dont les papiers dâidentitĂ© ne disent rien Ă personne, Ă lâOffice central pour la rĂ©pression du banditisme, Ă Paris. Les fichiers parlent illico: la femme est une ancienne prostituĂ©e du nom de Catherine Castagna, tandis que son compagnon nâest autre que le fameux Jacques Grangeon, un complice des braqueurs du non moins fameux gang des Lyonnais. Sous un faux nom, le voyou sâĂ©tait mis au vert dans le sud de lâEspagne, oĂč il sâĂ©tait reconverti dans le trafic de cannabis Ă grande Ă©chelle. On apprendra plus tard que son exĂ©cution en rĂšgle Ă©tait la consĂ©quence dâun impayĂ© auprĂšs de grossistes de rĂ©sine. âDes Français assassinĂ©s sur fond de trafic de drogue, il y en avait un paquet Ă lâĂ©poque, dans le coin. Le trafic battait son plein. En termes de prioritĂ©, cela dĂ©passait carrĂ©ment la Colombie.â













